1 juil 2016, Commentaires (19)

Déjà 6 mois…

Auteur: christelle

Oui, déjà 6 mois que j’ai négligé de  vous raconter la suite de nos aventures spiroutuelles… Nulle maladie ni aucun tremblement de terre ne vient justifier cela. Le seul séisme que nous ayons à affronter quotidiennement est bien la responsabilité de faire de beaux et bons livres, et de mener simultanément nos recherches pour La véritable histoire de Spirou.

Tout cela est déjà bien chronophage, et quand un beau matin, on nous appelle pour nous demander de rejoindre Jannin et les commissaires à l’exposition Gaston qui se tiendra à la BPI du centre Pompidou en décembre prochain, et de réaliser son catalogue, on manque de défaillir… La proposition est difficile à refuser, et le manque de temps n’est surtout pas une excuse. Alors on accepte, fidèle à la « Philosophie » de Moustaki : « Nous avons toute la vie pour nous amuser, nous aurons toute la mort pour nous reposer… »

Même si c’est une « vache de responsabilité », quel plaisir c’est ! Hormis la joie de travailler sur ce phénomène Gaston, ce travail, c’est le régal de travailler en amitié. Depuis 16 ans qu’on connaît Jannin, c’est la première fois que nous travaillons aussi étroitement ensemble. On mélange tout, la simplicité des échanges d’idées, l’amalgame de notre savoir et du sien, mais aussi le bonheur de savourer des glaces délicieuses chez son glacier Gaston (si ! si ! c’est vrai !) tout en se racontant… Et puis, cette mission ne ressemble pas à celles que nous avons déjà réalisées : un catalogue d’expo, une sélection d’œuvre, c’est pas La véritable histoire de Spirou ! Il faut remettre à plat tout notre savoir-faire, retourner le concept dans tous les sens pour trouver LA forme idéale, rassembler la matière puis, enfin, l’organiser et rédiger. Nous en sommes à cette dernière étape, la plus difficile car nous voulons ce catalogue comme un livre d’images, mais aussi raconter à travers elles l’histoire de Gaston. Parce que raconter des histoires, c’est bien ce qu’on préfère. Ca, vous le saviez…

Là, je me retrouve comme lors de l’écriture du premier tome de La véritable histoire de Spirou… Tout fonctionne, jusqu’au moment où ça coince. Et là, … grande dépression : désespoir, je n’y arriverai pas, etc. La seule solution est alors d’aller jardiner, nettoyer les carreaux ou trier les archives, n’importe quoi qui permet de continuer à penser au boulot sans se focaliser véritablement dessus. Histoire de se laver le cerveau pour mieux se reconditionner et remettre en question le plan établi, voire la forme… Tout en ne perdant pas de vue que si nous avons en charge la partie écrite, il faut toutefois que Jannin s’y retrouve dans les idées. Après, à charge pour lui d’affiner l’iconographie, de l’adapter au mieux au propos. Mais travailler ainsi, on n’a jamais fait ! Fichtre ! Que de doutes… « Fais confiance au métier », m’a dit Frank Pé. Quel métier ? C’est un métier, spiroulogue ????

Frank Pé… Tout un programme. Nous venons de boucler l’intégrale « Broussaille » qui sortira en octobre prochain, simultanément à son « Spirou ». Nous avons confié l’écriture de la préface à Jean-Pierre Abels, notre relecteur officieux chez Dupuis en affaires patrimoniales. Son texte est remarquable tant il réussit à contextualiser les débuts de Frank et de Bom dans le Journal de Spirou, qu’il connaît si bien. Et pour cause, à l’époque, il dirigeait l’imprimerie et il était en étroite collaboration avec l’éditorial. Dans cette intégrale, nous avons ajouté la totalité des « Papiers de Broussaille » et autres récits complets parus dans le journal. Soit 72 pages inédites en album ! On a hâte de tenir ce livre entre nos mains. Sans parler de tous ces projets à venir avec Frank qui se mettent tout doucettement sur pied…

Pendant ces six derniers mois, nous avons aussi suivi l’édition du second volume de « Bizu » à paraître en septembre. Chouette ! On y a publié Le grand désordre, cette histoire de 35 planches inachevée. C’est bien ça l’intérêt, entre autre, des Intégrales, non ?  Dans la foulée de « Bizu », nous avons programmé pour l’année prochaine la parution de l’intégrale « Crannibales », cette détonnante série que Fournier créa avec Zidrou dans les années 1990. En 2017, on célèbrera les 50 ans de BD de Fournier chez Spirou. C’est pas rien, hein ?

Et puis, pendant ces six derniers mois, nous avons aussi assuré le suivi éditorial de l’intégrale « Petits Hommes », à paraître en septembre également.

Et puis, là, maintenant, nous bouclons le premier volume de l’intégrale Lucky Luke, pour laquelle nous réalisons la préface et le suivi éditorial. Là encore, on a trouvé le moyen de placer quelques pages oubliées, voire inédites… Mais ce sujet là, je vous en parlerai plus en détail dans quelques jours.

Pendant ces six derniers mois, nous avons également fait une drôle de rencontre, dans un charmant village où vit une charmante femme répondant au doux nom de Nicole Karys… Mais là encore, voilà bien un sujet qui mérite un post à lui tout seul ! Faisons un jeu : dites-moi son rôle dans l’histoire de Spirou et je vous raconterai cette histoire !

Tout cela pendant ces six derniers mois, et bien d’autres choses encore… Parce que mettre sur pied de nouveaux projets, ça demande un temps fou. « Jojo » ou « Jess Long »en savent bien quelque chose, eux qui sont dans les tuyaux depuis quelques années déjà…

Avec tout cela, on a à peine le temps de savourer la parution du second tome de « Valhardi ». Pourtant, qu’est-ce qu’on a aimé le faire… 200 planches entièrement inédites, une iconographie d’enfer pour le dossier, un sujet terrible : le départ de Doisy, les débuts de Paape et l’arrivée de Delporte ! Grandiose, non ? Et toujours cette même période (1945-1950) que nous traitons sous tous les angles dans différents bouquins (La véritable histoire de Spirou, Spirou de Jijé, Valhardi 1…) et pour laquelle la principale difficulté est de ne pas se répéter, d’apporter des éléments nouveaux à chaque fois. On a remis le couvert avec l’intégrale « Lucky Luke », et on s’apprête à faire de même avec l’intégrale « Tif et Tondu »…

Qui a dit qu’on n’aimait pas la difficulté ?

25 jan 2016, Commentaires (12)

Vite ! Vite, la suite !

Auteur: christelle

Je dois bien l’avouer, je suis absolument étonnée par l’accueil fait à notre livre, que nous observons autour de nous. Il y a quelques jours encore, je n’aurais pas parié 2 cacahuètes sur ce second volume, tant je ne voyais pas bien ce que cette profusion de détails allait apporter. Mais bon, puisqu’il vous plait, je ne vais pas bouder mon plaisir !

Ce qu’il y a de certain, c’est qu’apparemment la direction que nous avons prise résonne également pour vous. Nous avons lu ici ou là que certains déplorent que nous n’ayons pas résumé davantage l’histoire. Sauf que pour résumer une histoire, il faut d’abord parfaitement la maîtriser. Avec ces ouvrages, nous posons toutes les bases des connaissances actuelles, et seulement ensuite, on pourra en tirer les grandes lignes. Cela fait trop longtemps que chacun se contente d’une vision fragmentée avec d’incessants copier-coller, empêchant toute véritable analyse. Comment juger des planches de Rob-Vel quand on ignore qu’il ne les a pas dessinées ? Comment estimer l’apport de Charles Dupuis quand on ne sait rien du rôle de Georges Troisfontaines ? Comment tirer des conclusions sur la personnalité de Franquin quand on ne sait pas dans quelles conditions il a œuvré ? nous sommes ravis d’observer depuis quelques jours, ici ou là, certains d’entre vous s’emparer de nos informations pour en tirer des analyses ou des conclusions sur tel ou tel autre sujet. Vous apportez vos propres connaissances et il se dégage des idées nouvelles, qui viennent rafraîchir le paysage. On a le sentiment d’avoir réussi notre job.

Mais celui-ci n’est pas terminé… Dès la semaine dernière, nous retournions dans notre chère Belgique rencontrer… Lambil ! Hé oui ! Aussi étonnant que cela puisse paraître, son témoignage est fort édifiant. Entré dans la maison en 1952, il ne l’a plus quittée… On apprend de lui des informations étonnantes, qui nous aident à mieux saisir les personnalités. On adore ! Nous avons également rencontré un homme très discret… avec lequel nous sommes en relation permanente depuis quelques années. Son nom, vous le trouvez parfois au détour de remerciements. Il s’agit de Jean-Pierre Abels, directeur de l’imprimerie pendant 15 ans. Sa connaissance du contenu du journal et des arcanes de l’entreprise nous le rendent très précieux. On apprend beaucoup auprès de lui…

Voyez, on ne se repose pas encore sur nos lauriers. Au contraire, cela nous donne des ailes. Mais il faudra encore attendre un peu pour lire la suite… Promis, on fera au mieux.

Ch.

15 jan 2016, Commentaires (9)

La véritable histoire du jour J

Auteur: christelle

Nous sommes le 15 janvier. Trois jours avant le troisième anniversaire de la sortie du premier volume (Ca se fête ?), le second paraît en librairie.

Le plus terrible, c’est que ce jour pas comme les autres va se passer exactement comme tous les autres : petit déjeuner, surveiller les préparatifs du départ à l’école des enfants, travailler, déjeuner, travailler, ne pas oublier de récupérer Jules à 14h45 au collège, retravailler, récupérer Joséphine à 17h30 chez son amie, retravailler… Bref, la vie normale.

Le plus exaltant a été de le faire : se lever un matin qui a l’air d’être comme les autres, sauf qu’on sait qu’on va écrire le premier mot de la première phrase du premier chapitre de la suite de La véritable histoire de Spirou. Donner à Bertrand les chapitres au fur et à mesure qu’ils s’écrivent, les retravailler encore et encore jusqu’au moment où on se sent prêt à les faire lire à nos éditeurs. Attendre fébrilement qu’ils le lisent, tout en se disant que finalement, tout ce que nous avons pu écrire n’est pas très intéressant, d’une banalité confondante. On a presque honte, déterminés à changer de métier… Puis recevoir deux jours plus tard un appel enthousiaste de l’un des deux (déjà ?!), qui nous explique par le menu ce qu’il a aimé. « Ah ? Vraiment ? A ce point ? Tu es sûr ? » Aller fêter cela au restaurant le soir même avec les enfants qui ne comprennent même pas ce que ce jour a de si doux.

Puis attendre les commentaires de notre second éditeur, plus coriace. Tous les deux, ils se complètent à merveille : l’un est dans le fond, le second dans la forme. Rendez-vous avec ce « second »-là, dans une belle brasserie de Montparnasse, à deux pas de l’atelier de Ghielmetti où dans quelques jours il commencera la mise en page… Mais pour l’heure, on n’en a pas encore fini avec le texte : José-Louis élève l’exigence d’un cran : « on s’en fout de l’avis de machin », « déjà dit », « trop long », « vous n’avez pas besoin de vous justifier, on vous croît »… Sous nos yeux, des paragraphes sont rayés, raturés… A l’aide, on défaille ! Pourtant c’est une belle journée ensoleillée. Puis parfois, il se laisse aller à la passion, oublie la forme au bénéfice du fond : « c’est incroyable, ça ! » Tout ça, il le dit avec mille précautions, avec un beau sourire, franc et rassurant. « Vous avez fait un super travail. » « Ah bon, tu es sûr ? » Repartir en se disant : « Ok. Tu vas voir ce que tu vas voir, mon gaillard ! » et reprendre tout le texte, une fois encore. Avoir suffisamment d’humilité pour écouter les conseils avisés de notre éditeur, et juste ce qu’il faut d’orgueil pour vouloir lui montrer de quoi on est capables. C’est dur ! Sa mission était de nous faire bénéficier de sa propre qualité d’auteur et de son expérience. Il sait de quoi il parle, on le sait. Il a raison ; pas toujours. Quoique… On reprend toutes ces notes : on garde des idées, on renâcle sur d’autres, pas d’accord… Cette nouvelle mouture, on la lui livrera mais il n’en dira pas un mot. Il sait que ce livre doit rester notre bouquin.

Puis vient le temps de la mise en page. On livre toute l’iconographie à Ghielmetti. Depuis le temps, il connaît nos intentions. Il sait qu’entre lui et nous, ce sont deux points de vue différents qui finalement se rejoignent : l’important, c’est l’histoire que le document raconte, sa valeur ajoutée. Il nous apprend la force du décalage entre le texte et l’image : ne pas forcément montrer ce que tout le monde attend. Et parfois il râle : « mais non, c’est plus sexy comme ça ». « Mouais… » On bataille sur une image, on chipote sur un détail. Et puis finalement, bien sûr, c’est lui qui a raison. Et d’autres fois, souvent, il me fait plaisir : - « Oh, celle-là, j’y tiens vraiment : c’est le clou de notre bouquin. Tu voudrais pas la placer sur une double page ? » Puis 6 pages plus loin, demander une autre image : – « celle-là, on ne peut pas ne pas la mettre, c’est sans doute ma séquence préférée de Spirou et Fantasio ». – « On s’en fout, ça n’apporte rien ! » – « Mais si !  » – « Mais non ! ». D’autre fois, panique à bord : la définition du document n’est pas suffisante. Il faut d’urgence le faire renumériser, et pour ça, trouver quelqu’un qui le possède… Envoyer 38 mails comme autant de cannes à pêche… Chouette, ça mord !

Notre histoire prend forme page après page,  se concrétise. C’est un sentiment inouï qui s’étend sur plusieurs semaines… Puis partir en vacances, tout en sachant que c’est fini sans l’être tout à fait : il faut encore lire et relire, vérifier que rien n’a été oublié, être intransigeant… Puis appeler Marcinelle de toute urgence depuis notre villégiature : on vient de nous signaler que nous avons écrit que le Marsupilami est amphibie dans Les pirates du silence ! Comment a-t-on pu écrire une telle bêtise ? Vite, il faut changer ! Stéphane, notre assistant d’édition, devient fou tellement un bouquin comme ça, c’est un boulot de dingue. Il finira par partir en vacances.

Tout ça pour en arriver là : vendredi 15 janvier.

On l’a fait !

Bonne journée !

Ch.

14 déc 2015, Commentaires (6)

Le petit dernier…

Auteur: christelle

Notre propre spirouthèque idéale...

Le livre nous est parvenu aujourd’hui… Depuis le temps que nous l’attendions, cette suite, maintenant, on peut le dire, c’est du concret !

Il s’est passé exactement trois ans depuis la sortie du premier volume de notre Véritable histoire de Spirou. Et même si pendant ce temps, il nous est arrivé 1001 choses, l’arrivée de ce petit dernier vient tout balayer. A force de vivre avec ce projet, que nous portons depuis 6 ans maintenant, on a fini par s’y habituer, à cohabiter avec lui. Nous ne voyons plus guère que son côté familier, comme on peut le faire avec des proches. Comme le disent nos enfants :  » Ben oui, c’est votre livre. Et ? ? ? ? !  »

Et bien non, ce n’est pas « juste notre livre ». C’est notre Véritable histoire de Spirou. Des heures de travail par milliers, des rencontres par centaines… et un plaisir infini à tisser les fils de l’histoire de notre Espiègle au grand cœur.

Cette Véritable histoire de Spirou nous est chère car elle est l’œuvre d’un travail d’équipe : avec nous, les acteurs et les témoins, mais aussi tout Dupuis, depuis nos éditeurs jusqu’à la fab. Sans compter Alain Maury et Jean-Pierre Abels, Philippe Ghielmetti et Roman Gigou, ces deux derniers étant omniprésents dès lors qu’on attaque la phase finale. L’aventure humaine qui se trame dans les coulisses est riche, croyez-moi !

C’est vrai qu’on prend notre temps, mais à ce titre, notre Véritable histoire de Spirou est un bel exemple de « décroissance éditoriale ». Qui pourrait dire qu’on bâcle, qu’on néglige, qu’on prend cela à la légère ? !

Autant de (bonnes) raisons pour qu’aujourd’hui, nous soyons si heureux de tenir entre nos mains ce second ouvrage.

Encore un mois et vous pourrez à votre tour éprouver cela. Ou pas.

Ch.

30 nov 2015, Commentaires (1)

Quelques piqures de plus…

Auteur: christelle

Pour ceux qui veulent en savoir un peu plus sur notre ouvrage consacré aux couvertures du Moustique, voici une série d’extraits d’interview accordée au site SéquenceBD.

http://sequencebd.fr/franquin-morris-jije-sempe-200-couvertures-inedites-pour-le-journal-le-moustique/

et pour en savoir davantage encore :

http://sequencebd.fr/franquin-morris-jije-sempe-200-couvertures-du-moustique/

Ch.

7 nov 2015, Commentaires (7)

Ca piquote…

Auteur: christelle

Aujourd’hui, ça y est, notre dernière parution de l’année est en librairie, en pâture…

Vous pouvez découvrir notre Moustique qui, par son traitement, diffère de ceux que nous avons pu réaliser jusque-là. Pas de récits au long cours mais des commentaires ponctuels, une iconographie qui prend toute la place, et une mise en page qui tire sévèrement – et volontairement ! - vers ce qu’on appelle le « beaux-livre ».

Pour nous, cet ouvrage est à part de tous les autres à plus d’un titre. Surtout, et essentiellement, pour toute l’émotion dont sa réalisation est chargée.

Nous l’avons commencé en août 2012. Dès l’approbation de notre éditeur, Sergio Honorez, nous avons rencontré Maurice Rosy. Il était LE témoin précieux de cette époque, et nous savions qu’il nous donnerait la matière essentielle pour raconter l’histoire des couvertures du Moustique. Nous prenions rendez-vous pour un déjeuner dans un restaurant de son quartier, à deux pas de la rue Daguerre. Nous avions ri, beaucoup ri, ce jour-là, en découvrant placardé sur le coin d’un immeuble, une fausse plaque de rue où était écrit :  » Impasse Sarkosy « .

Dans un premier temps, parce que nous pensions en avoir, nous voulions qu’il nous aide à identifier les auteurs de certaines illsutrations. Nous avions donc apporté les reliures faites-maison de l’intégralité des couvertures sommairement photographiées dans les archives de Marcinelle. A la vue de certaines, il s’exclamait, riait, ou nous livrait une anecdote. Nous étions très gais, contents d’être là. Et lui semblait partager ces sentiments. C’était, dans notre esprit, une première séance de travail. Et dans le sien aussi.

De retour à la maison, nous avons commencé à éplucher les quelque centaines de fascicules du Moustique, prenant des notes que nous comptions bien lui soumettre pour qu’il nous aide à savoir qui se cachait derrière tel pseudonyme ou tel cartoon.

Mais nous ne l’avons jamais revu. Son AVC et son hospitalisation eurent raison de notre nouvelle collaboration. Par l’intermédiaire de sa fille, nous lui faisions parvenir quelques dessins à identifier, quelques signatures à décoder, et quelques meringues de ma spécialité. Il continuait à prendre cela très au sérieux. « J’ai du travail », avait-il dit à sa fille en évoquant les questions que nous lui posions.

Sauf que…

Sauf que nous avons du poursuivre l’aventure sans lui, mais son souvenir n’a jamais cessé de nous accompagner. Benoît Gillain, avec qui nous avons réalisé la mise en page, était proche de Rosy depuis toujours. Ils s’étaient rencontrés en 1954, lorsque Rosy, accompagné de Franquin et Peyo, fit le voyage jusqu’à Antibes pour rencontrer Jijé. Benoît avait alors 16 ans, Rosy 27, et à partir de là, ils ne cessèrent jamais de se voir. « Maurice était mon seul copain d’enfance, disait Benoît. C’est lui qui m’a appris le judo. »

Du coup, travaillant sur la maquette du Moustique, vous imaginez comme le souvenir de Maurice planait au-dessus de nous. Nous partagions notre tristesse dans un silence pudique. « Ah, Maurice… », disions-nous parfois, dès que nous tombions sur ses couvertures que nous trouvions sublimes. Au point d’ailleurs que nous avons décidé de cadrer la sélection jusqu’en 1964, simplement pour publier cette incroyable illustration qu’il réalisa pour le numéro 2000 de la revue. Elle clôt notre livre dans une apothéose. Il était si singulier parmi tous ces auteurs qui ont travaillé chez Spirou. Nous ne cessons d’admirer son travail.

Nous aurions tant aimé faire ce livre avec lui.

Ch.

31 oct 2015, Commentaires (9)

Jour J, ou J moins 7 ?

Auteur: christelle

Aujourd’hui, 31 octobre, le Spirou de Jijé sera enfin entre vos mains – ou tout du moins entre celles de ceux qui l’attendaient. Les quelques personnes qui ont pu le voir jusque-là ont toutes marqué un temps de surprise, tellement l’existence de cet ouvrage semble irréelle. De mon côté, plus je le regarde, et plus je trouve que c’est un livre qui swingue. C’est étrange, hein ?!

Nous continuons à être heureux, très heureux, de l’avoir fait, mais j’avoue que le plaisir de le savoir enfin « vivre » est légèrement atténué par l’imminente parution de son « frangin », à savoir l’ouvrage reprenant les couvertures du Moustique.

Pour diverses raisons, nous ne l’avons découvert que mercredi dernier, alors que, sur le chemin de Marcinelle, nous avons fait une halte chez notre restaurateur de documents en chef, Alain Maury, qui nous a mis la « bête » entre les mains. Pour le coup, c’est quand même nous qui avons du mal à croire à son existence physique. En tout cas, quel plaisir de le tenir enfin entre nos mains, contre nous allais-je écrire, puisqu’il a le même toucher soyeux que notre Véritable histoire de Spirou. Nos partis-pris esthétiques lui donnent une allure quelque peu différente de ce que nous avons l’habitude de faire, et le travail d’Alain Maury ravira tout ceux qui ont parfois été déçus par l’état de certains documents reproduits dans d’autres ouvrages. Nous lui avons en effet confié l’entièreté de l’iconographie, à charge pour lui de supprimer les effets de l’usure du temps, mais aussi de rattraper la piètre qualité de reproduction de certaines illustrations. Entre les décalages de couleurs, la transparence du papier, et l’état parfois désastreux de certains fascicules, on peut dire qu’il a fait des miracles.

Il est vrai que la recherche des exemplaires à reproduire a constitué une partie étonnamment importante dans la réalisation de ce bouquin. Les plus naïfs d’entre vous se sont sans doute dit qu’il nous a suffit de descendre aux archives de Dupuis, et de choisir. Mais non, cela aurait été trop facile ! Chez Dupuis, nous avons bien l’entièreté de la collection, mais reliée en d’épais volumes de 15 cm d’épaisseur, rendant absolument impossible la numérisation à plat de n’importe laquelle de ces pages ! Nous avons donc du partir en quête de chaque numéro… Et pour ajouter à la difficulté, il ne suffisait pas de trouver le fascicule du numéro X de 1948. Il devait AUSSI être bien imprimé ET en très bon état. Clairement… nous avons souvent désespéré. Nous avons multiplié les contacts pour arriver à nos fins. Bien évidemment, aucun souci pour trouver divers exemplaires d’un fascicule illustré par Morris ou Franquin, et nous pouvions même faire les difficiles. Ceux-ci ont été précieusement conservés par les collectionneurs. En revanche, c’était une toute autre affaire dès lors qu’on sortait de ce champ-là. Je me souviens notamment de deux couvertures. Nous avons du renoncer à l’une car nous n’en avons trouvé aucun exemplaire ; quant à la seconde, elle était dans un état déplorable : piquée par l’humidité, déchirée… et c’est là que l’exigence et la patience d’Alain Maury ont été précieuses. Au final, nous ne savons même plus la distinguer des autres illustrations !

Alain Maury, c’est également lui qui a restauré la plupart des illustrations reproduites dans l’intégrale Jijé. Et là aussi, il a souvent fait des merveilles. Vous avez peut-être déjà remarqué son nom au générique de certains livres. Aujourd’hui, on ne fait plus un bouquin sans que l’une ou l’autre image ne passe entre ses mains. Et plus c’est difficile, plus il nous étonne…

Ah, Alain…

Ch.

Je remarque avoir quelque peu négligé de vous parler de nos dernières rencontres, celles-là même qui font le jus de nos recherches. Pourtant, il y en a eu quelques fameuses.

La dernière en date est celle de Gérald Forton, himself, dessinateur de « Kim Devil » pour la World Presse de Troisfontaines, dans les années 50, de « Alain Cardan » avec Yvan Delporte, d’une kyrielle « d’Oncle Paul », et qui a également énormément travaillé pour les revues des éditions Dupuis.

Dans le tome 2 de notre Véritable histoire de Spirou, il témoigne abondamment à propos de personnages clés comme Troisfontaines ou Charles Dupuis. Son point de vue est intéressant car distancié, sans amertume, et teinté d’humour. Sa carrière lui a permis de ne pas être aigri et la culture américaine dont il est imprégné aujourd’hui, depuis maintenant plus de 30 ans qu’il vit en Californie, apporte une note cash à ses propos. Et puis, quelle mémoire ! Des témoins d’une époque aussi lointaine, avec des souvenirs aussi nets, on adore ! D’autant plus que nos prochains travaux sur le tome 2 de l’intégrale  »Valhardi » aborde elle aussi cette période. Du coup, on ne se prive pas de faire appel à lui, histoire de mieux saisir les enjeux entre les différents acteurs, et comprendre dans quel contexte tout se faisait. A votre tour, vous pourrez bientôt apprécier la pertinence de son témoignage…

Jusque-là, nous n’avions travaillé avec lui que par téléphone, et puis, sa récente présence en France et en Belgique nous a donné l’occasion de le rencontrer. Vous avez vu sa photo ? Quelle allure ! Il nous a avoué se promener parfois avec un étui à violon, histoire de jouer avec les apparences… Du coup, on dirait le père de Soda ! Ah ! Ah ! Ah !

A bientôt,

Spi.

10 oct 2015, Commentaires (2)

Quelques piqûres bien senties !

Auteur: christelle

Cette semaine, de Marcinelle j’ai pu remporter avec moi les cahiers d’impression de notre livre sur les couvertures du Moustique, qui paraîtra début novembre et que nous avons mijoté en grand secret pendant presque 3 ans… Vous commencez à le savoir : on aime prendre notre temps… Et il fallait bien ça pour mettre sur pied ce drôle de projet, qui paraît si évident pour chacun, et qui ne l’était absolument pas.

Par quel bout prendre ce sujet ? Quels auteurs sélectionner ? Que montrer ? Comment le montrer ?… Autant de questions auxquelles nous avons du répondre au fur et à mesure…

L’inventaire des couvertures a été la première partie de ces recherches. Bon nombre d’entre elles n’étaient pas signées… Il y en a pour lesquelles l’identification était aisée ; mais pour d’autres… Il en reste encore aujourd’hui que nous n’avons pas identifiées, et que nous avons donc du mettre de côté. Il y en a également qui étaient identifiées mais pour lesquelles nous ne savions rien de leur auteur, et personne autour de nous n’a pu nous mettre sur une piste. Là encore, nous avons du les mettre de côté.

Après cela, il a fallu définir l’angle d’attaque. Il était très tentant de réduire ce livre à la célèbre Bande des 4, mais, plus nous regardions les illustrations des autres auteurs, et plus nous regrettions de ne pas pouvoir les montrer. Parmi elles, il y en avait de fameuses qui méritaient bien une « exposition ». Roba, Rosy, Moallic, Sempé, Bara, Ryssack… Oui mais alors, quelle logique donner à cette approche ?

Le seul lien entre tous ces auteurs étaient qu’ils avaient tous collaboré à cette revue alors qu’ils démarraient leur carrière ; nous avions là, sous nos yeux, les balbutiements de leur univers, voire la mise en place de celui-ci. A partir de là, c’était bon : nous tenions notre fil conducteur !

Oui, mais alors, quelles couvertures sélectionner ? Et là… Oh comme ce fut difficile ! Que d’hésitations, de tergiversations, de renoncements et de regrets… Les pages étaient comptées… Certaines couvertures se répondaient et trouvaient merveilleusement leur place en vis à vis, d’autres étaient redondantes, certaines détonnaient ou bondissaient littéralement et, du coup, s’imposaient. Il y en eut d’autres qui n’ont malheureusement jamais trouvé leur place… Il fallait rythmer les pages, trouver un enchaînement logique… Que d’allers-retours !

Nous avons travaillé cette mise en page avec Benoît Gillain et c’était vraiment très gai de faire ce livre avec lui. Il avait connu tous ces auteurs à l’époque même où ils dessinaient ces couvertures – il en a lui-même commis deux ! - et c’était pour lui comme un retour sur cette période. Parfois, au détour d’une illustration ou d’une photo, lui venait un souvenir, ou une anecdote. « Tiens, mais c’est mon vélo !  » s’est-il ainsi exclamé devant la très belle photo de Bara pédalant sur un vélo en chapeau haut-de-forme. Nous avions des débats d’idée sur les choix, et tantôt l’un, tantôt l’autre, nous baissions les armes. Il avait une approche graphique du livre, alors que nous, nous tenions par-dessus tout à ne pas perdre de vue que nous allions raconter une histoire. Et il est vrai que certaines couvertures n’ont trouvé leur place que par l’histoire qu’elles racontaient, le lien entre leur auteur et sa carrière à venir.

Parallèlement, nous avons donc « écrit » l’histoire de ces illustrations sous forme de commentaires ponctuels. L’idée était de contextualiser ces images, d’apporter de-ci delà quelques repères, voire quelques digressions. Nous avons donc « illustré » ces dessins par nos textes ; c’est pas banal !

Nous avons été passionnés par cette mise en perspective de certaines de ces couvertures avec la réalité de leurs auteurs. A son échelle, Le Moustique a lui aussi été un élément fondateur dans l’histoire de la bande dessinée en Belgique et il est indissociable du Journal de Spirou, son petit frère. Les rédacteurs (tels Doisy, Delporte, Xavier Snoeck, Desprechins) et autres illustrateurs travaillaient bien souvent pour les deux revues et ce sont bien ces incessantes passerelles que nous racontons dans les commentaires.

Cet « exercice » a été comme une nouvelle façon de raconter l’histoire du Journal de Spirou. Et pour nous qui avons l’habitude de laisser aller notre plume, ce fut un beau challenge !

En tout cas, tenir aujourd’hui ces feuilles entre nos mains est très émouvant. Avec l’énergie dévorante de notre Véritable histoire de Spirou, nous avions presque oublié à quel point ce livre est tout aussi important à nos yeux. Et sur bien des points…

Nous sommes heureux de l’avoir fait, et nous avons  vraiment hâte qu’il existe en librairie. Il ne changera pas la face du monde, mais pour nous, il marque une étape.

Y serez-vous sensibles vous aussi ?

Ch.

Pour le plaisir, voici quelques doubles pages photographiées en vrac.

14 sept 2015, Commentaires (9)

Un véritable report…

Auteur: christelle

Aujourd’hui, j’ai une bonne et une mauvaise nouvelle à vous annoncer, et je ne sais par laquelle commencer… En même temps, il s’agit de la même… : la parution de notre Véritable histoire de Spirou est repoussée au début du mois de janvier.

Inutile de râler – on l’a fait avant vous ! – puisque, compte tenu des circonstances, c’était la plus sage décision. Les derniers ajustements et relectures ont pris beaucoup de temps, histoire de ne pas renouveler le même schéma que pour le premier volume. Actuellement, les 340 pages du tome 2 sont en voie d’achèvement, mais il est trop tard pour faire paraître le livre comme prévu, courant octobre. Au mieux, il serait paru fin novembre, lorsque les derniers cartons de nouveautés arriveront chez des libraires débordés qui n’auront parfois même plus le temps de déballer les colis. Sans parler des étalages déjà saturés par un foisonnement insensé de parutions. Plutôt que de lui trouver une place au chausse-pied parmi les livres de fin d’année, nous avons préféré le garder au chaud quelques semaines de plus.

Nous avons déjà vécu la décevante expérience d’un livre - celui consacré à « Lanfeust de Troy » en 2009 – paru début décembre dans un état déplorable : mise en page inachevée, pas de légendes dans le dernier chapitre… sans parler de l’extrême confidentialité qui a accompagné sa sortie. A pleurer !

Du coup, ce report n’est pas une si mauvaise nouvelle que cela ; il faut le prendre avec philosophie. Après tout, une fois que nous aurons le livre entre les mains, ce ne sera plus qu’un détail bien vite oublié… à condition que son contenu soit à la hauteur du temps passé à l’attendre – pour vous – et à le réaliser – pour nous. Mais tout cela ne nous appartient pas.

Nous, une fois de plus, on sait le plaisir que nous avons eu à l’écrire. Une expérience fort différente de celle du précédent volume, et tout aussi passionnante, c’est certain.

Voilà bien nos dernières nouvelles du front. A commenter avec modération…