6 jan 2012, Commentaires (1)

google maps, c’est trop fort !

Auteur: christelle

Nous revenons de chez le petit-cousin de Rob-Vel qui, à défaut d’avoir moult documents, nous a fourni quelques précieux indices d’ordres très pratiques qui, depuis que nous sommes sortis de chez lui, mettent nos esprits chercheurs en ébullition ! Féru de généalogie, après avoir découvert notre blog voici un an, il s’est mis à établir l’arbre de Rob-Vel. Et c’est celui-là même qui, pour quelques détails, nous a mis en ébullition.

Un certificat de mariage et une nouvelle adresse de Rob-Vel ont conforté notre théorie à propos du mystère Davine.  A la question : « Le suspect avait-il le temps de commettre son forfait et de rentrer chez lui alimenter son alibi dans le laps de temps donné, oui ou non ? », la réponse est OUIIIIIIIIIIIIIIII ! Google maps vient de nous en apporter la preuve car grâce à cet outil, nous avons pu suivre le parcours du suspect… Vous verrez, c’est trop de coïncidences pour que la piste soit fausse.

Le hasard est vaiment de la partie car il se trouve qu’à cette adresse (Paris 18ème), habite l’ancien boss du frère de votre dévouée Spirouette. Bon, ça n’apportera rien à notre enquête mais avouez que c’est drôle, non ?!

Bien, ces nouveaux renseignements entrainent avec eux plein de questions ; méticuleux comme nous le sommes, on n’a plus qu’une seule envie, c’est de connaitre les tenants et les abouttissants de tout ce fatras… La machine se remet en route et de nouveau, nous voilà en train de tourner les différents éléments dans tous les sens pour les poser en un scénario crédible.

Notre entrevue de cet après-midi nous a apporté de nouvelles pistes pour en savoir plus sur Rob-Vel. De nouveaux contacts à prendre…

Bien. On est face à un problème de temps. Il ne nous reste qu’à demander à Dupuis d’accepter de repousser la sortie de notre livre, non pas pour les 75 ans de Spirou, mais plutôt pour son centième anniversaire… Pas sûr qu’ils accepteront, vous non plus d’ailleurs ! Pourtant, voyez, alors qu’on doit boucler dans les semaines qui viennent, un nouveau témoin apparait, nous offrant de quoi relancer notre enquête…

Pffff…

Spirouette !

2 jan 2012, Commentaires (2)

Que le monde est petit…

Auteur: christelle

Que le monde est petit… C’est en tout cas sur ce vieil adage que nous avons terminé l’année.

Dans mon précédent message, je déplorais que nous n’ayons pu encore rencontrer le moindre membre de la famille de Rob-Vel. Et voilà que le hasard a mis sur notre route un « petit-cousin » Velter. Il se trouve que la moitié de la semaine, je suis libraire – à Mantes-la-Jolie – et, la semaine passée, en discutant avec un  monsieur qui souhaitait commander des éditions à tirage confidentiel du Spirou de Rob-Vel, j’ai découvert qu’il s’agissait là d’un petit-cousin de ce dernier. De son côté, il avait eu connaissance de notre enquête et allait prochainement nous contacter.  Incroyable que cet homme habitué de la librairie où je travaille figure parmi ceux que nous recherchons ! Nous devons nous voir vendredi prochain, à l’heure du café, et il nous montrera les quelques documents qu’il a en sa possession. Nous avons terminé l’année plein d’espoir car il nous a communiqué également les coordonnées de la soeur cadette de Rob-Vel. Et là, tenez-vous bien, la coïncidence est troublante : elle habite dans le fin fond du Finistère, là même où habite un de nos très proches amis chez qui nous allons régulièrement passer quelques jours depuis des années ! Quand on sait que le petit-neveu de Rob-Vel avec qui nous sommes en contact habite à deux maisons de la maison d’enfance de Bertrand, avouez qu’on peut légtimement s’interroger sur notre prédestination. Ca fait trop de hasards géographiques… D’un autre côté, notre allégresse est vite rattrappée par une autre réalité : aucun de ces contacts n’a pour l’heure été franchement enrichissant pour notre enquête. Je viens de téléphoner à la soeur de Rob-Vel qui m’avouait, fort dépitée, n’avoir absolument aucun document relatif à son frère. Les histoires de famille sont ainsi faites, hélas pour nous.

Quoi qu’il en soit, nous sommes censés commencer ces jours-ci la rédaction du premier tome. Nous venons de faire le point sur les derniers témoins à rencontrer et il en reste encore… Fin janvier, nous retournons pour quatre jours à Marcinelle-Bruxelles où nous espérons bien rencontrer les huit ou neuf dernières personnes que nous devons interroger. Le timing va être serré car au cours de ces quatre jours, nous devons consulter les archives du Moustique et celles de la Fondation Paape.

Eddy Paape, que nous avons bien rencontré il y a quelques jours. Charmant, bien sûr, avec plein d’anecdotes, de points de vue, de précisions qui nous aideront à coup sûr à bâtir avec moult détails l’épopée Spirou/Dupuis. Nous avons également une très belle matière pour rédiger le dossier du premier tome de l’intégrale Valhardi que Dupuis va sortir, en principe, pour la fin 2012. On va se faire plaisir avec cette intégrale !

En fait, nos recherches nous amènent à découvrir l’histoire de Dupuis telle que nous aurions aimé la lire, du point de vue de ses acteurs, et non pas d’un point de vue extérieur donc distancié. En se penchant dans les diverses correspondances qui ont été mises à notre disposition, on ressent tellement mieux l’idéologie ambiante. De plus en plus d’ouvrages historiques paraissent, racontant la grande Histoire d’un point de vue humain, telle que monsieur et madame tout-le-monde l’ont vécue. Pour notre part, c’est ainsi que l’histoire nous intéresse, avec cette fameuse petite part d’humanité qui illumine d’une façon extraordinaire tout ce qu’on ne raconte pas dans les manuels d’Histoire.

Bien, on continue à vous tenir au courant de tout ceci.

A très bientôt,

Spirouette !

21 déc 2011, Commentaires (3)

Cher Spirou…

Auteur: christelle

Bon, le compte à rebours démarre dans quelques jours et nous en sommes encore à défricher de nouvelles pistes… Samedi dernier, nous étions au fin fond de la Bretagne pour y rencontrer la fille aînée de Jijé, Anne. De nouvelles indications, précisisons… et contradictions ! Les souvenirs des uns ne correspondent pas toujours avec ceux des autres…. A nous de faire le tri ! Aller-retour en moins de trente heures, avec une halte chez l’ami Frank Le Gall que nous avons commencé à soumettre à la question à propos de son Spirou. Je précise que nous n’avons fait « que » commencer car son entretien a duré près de trois heures et il reste encore tant de choses à lui faire dire…  Mais pour cela, on a encore le temps puisque les diverses interprétations de Spirou ne seront abordées que pour le dernier tome, à paraitre en 2018. Pour l’heure, donc, l’urgence est au premier volume dont la parution a été avancée à janvier 2013, et non pas avril. Diable : trois mois en moins, il ne nous manquait plus que ça !

 Parallèlement à notre livre sur Spirou, Dupuis nous a engagés pour rédiger le dossier d’introduction des intégrales du Valhardi de Doisy et Paape, projet que nous leur avons proposé et qu’ils ont accepté bien volontiers. Il reste encore bien des textes introuvables et c’est vraiment faire oeuvre d’édition patrimoniale que de les présenter dans un recueil.  De plus, le sujet est tellement proche de notre Spirou que bien des choses apprises au cours de notre enquête vont nous servir pour ce dossier Valhardi, et inversement. Vendredi, nous faisons l’aller-retour à Bruxelles  dans la journée pour y rencontrer Eddy Paape et qu’il nous raconte ce qu’on ne sait pas encore sur sa collaboration avec Doisy et son Valhardi.

Nous nous apercevons que nous avons de la matière pour écrire au moins deux tomes 1 de La Véritable histoire de Spirou ! Du coup, il va falloir être sélectif et rester attentif à ne pas faire trop de disgressions. D’où, pour nous, l’intérêt d’avoir de nouvelles tribunes pour y exposer une partie de ce que nous n ‘aurons pu raconter avec Spirou. Nous avons cumulé près de 120 heures d’entretiens, épluché des interviews par centaines, plongé dans quelques correspondances, lu par le menu tous les billets du Fureteur parus dans le Journal de Spirou entre 1938 et 1944… et pourtant, il nous semble qu’on a encore des choses à apprendre. Toujours pas réussi à rencontrer la famille de Rob-Vel. Ils sont très enthousiastes à l’idée de nous rencontrer… mais le temps leur manque. Pourtant, il est impensable de boucler notre texte sans les avoir rencontrés. On désespère…

Récemment, Bertrand a rédigé le dossier de l’intégrale du Spirou de Broca à paraitre au printemps 2012. A défaut d’être aussi révolutionnaire que les premières années de Spirou, la période est délicate, complexe… et nous n’avons encore que très peu de documents. Pourtant, ce n’est pas faute de chercher… Mais encore faudrait-il que la famille de Nicolas Broca accepte de nous répondre. 

Voilà pour nos dernières nouvelles.

Au fait, inutile de continuer à extrapoler sur le format de notre Spirou. Non, il n’aura rien à voir avec notre Delporte et il n’en a jamais été question ! Dupuis a décidé de rester sur le format des intégrales, classique et agréable.

28 nov 2011, Commentaires (2)

Tonnerre de Brest, silence !

Auteur: christelle

Bonjour à tous,

« Tonnerre de Brest, silence ! » est le titre d’un documentaire sur la bande dessinée au menu duquel des interviews de Tibet, Paape, Charlier, Walthéry, J.Martin, Rob-Vel, Jacobs, Vandersteen, Bob De Moor, Sleen, Morris, Sirius, Pol Vandromme, B.Peeters, Michel Serres, Hergé.

l'affiche de "Tonnerre de Brest, silence !"

Nous sommes à la recherche d’une copie en bon état, et même très bon état, de ce film tourné en 1984 par Zaninetta et Didier Bastin. L’un de vous pourrait-il nous aider ?

On ne veut délaisser aucune piste et la semaine dernière, une fois de plus, nous avons retrouvé une pièce du puzzle de Spirou dans une interview de Rob-Vel publiée dans la première édition du livre « Histoire de Spirou et des publications
Dupuis » paru chez Glénat en 1975. Une pièce qui nous permettra d’étayer une de nos remises en question à propos de l’histoire de Spirou.

On a bien compris que certains d’entre vous restaient pensifs sur le côté iconoclaste de nos recherches, craignant une opération de com’. Autant dire que la com’, on n’y est pas encore. Mais je me rends compte à l’instant que plutôt que « découverte », je devrais à l’avenir parler de « remise en question ». Je vous rappelle la base de notre ouvrage : rechercher là où elles sont les différentes informations. Certaines d’entre elles sont connues, méconnues ou étonnament peu connues, d’autres sont très largement erronées (comme la vente de Fantasio en 1948 et toutes les suppositions qui en découlent) et c’est l’assemblage de toutes ces pièces qui est spectaculaire. L’ensemble offre du coup une lecture très différente de celle qui nous a été donnée à lire jusque-là et remet en perspective toutes nos croyances et nos idées reçues.

Ce n’est pas pour rien que le titre de notre ouvrage a récemment été changé en « La Véritable histoire de Spirou« . Exit Spirou anthology, finalement trop peu représentatif du contenu de notre livre. Et si certains d’entre vous n’y découvrent pas grand-chose, qu’ils sachent alors qu’ils seront des connaisseurs privilégiés puisque, comme vous le savez, certains de nos témoins n’ont jamais été interrogés par qui que ce soit – leurs informations étant restées jusque-là dans un contexte strictement familial.

Quoi qu’il en soit, je dois corriger une information écrite dans mon précédent blog ; il fallait y lire que Rob-Vel n’a pas été le seul créateur à Spirou et qu’il ne l’a pas dessiné autant qu’on le croit. »

Voilà.

N’oubliez pas notre recherche, Tonnerre de Brest, silence !

Spirouette

Hier, nous fêtions nos deux années de travail sur notre opus magnum, comme on peut l’appeler désormais. Opus magnum car depuis quelques jours, nous avons décidé conjointement avec Dupuis que si le premier volume sortirai bien en avril 2013, le troisième et dernier serait, lui, repoussé à avril 2018, au lieu de 2015. Pourquoi ? De notre côté, nous gagnons trois ans de délai dans le traitement des deux tomes suivants, ce qui n’est pas rien puisqu’entre chaque tome, initialement, nous n’avions que six mois de mise en place du texte puis six mois de mise en page. Autant dire que c’était très peu, trop peu. Du point de vue de l’éditeur, une sortie du dernier tome en 2018 lui permettra de miser sur cette parution pour les… 80 ans de Spirou ! Chacun y trouve son compte dans cette affaire, Spirou y compris.

Sauf que cette histoire va, en tout, monopoliser notre énergie pendant tout juste neuf années, en lieu et place des trois initialement prévues… D’où, désormais, cette nouvelle appelation d’opus magnum, ou grand oeuvre. Ce qui n’est pas à démontrer, loin s’en faut. Ce qui n’est pas à démontrer non plus, c’est de voir combien, une fois encore, le sujet nous a dépassé pour nous emmener dans une aventure humaine des plus inattendues. Alors que nous pensions le sujet très factuel – des faits et rien que des faits – on se retrouve au coeur de rencontres et de dérives introspectives qui ne nous laissent évidemment pas indemnes. Derrière les faits, il y a eu des hommes aux destins exceptionnels qui offrent un enseignement inoui à qui veut bien s’ouvrir à eux. Les vies passionnantes de ces hommes fascinants…

Aujourd’hui, après deux années intenses de recherches, le bilan est lourd. On vous promet une histoire de Spirou absolument iconoclaste où l’on vous racontera, par le menu, que Spirou n’a pas été créé que par rob-Vel, que ce dernier ne l’a pas dessiné et que Jijé n’a pas créé Fantasio, que Davine ne s’appelait pas Blanche, que Spirou a fait de la Résistance et que Charles Dupuis n’a pas créé le Journal de Spirou. J’en oublie peut-être mais déjà, à ce stade-ci, c’est un gros paquet d’idées reçues qui va s’écrouler. Il nous arrive parfois, au détour de l’une ou l’autre rencontre, d’évoquer notre projet, de résumer nos recherches et chaque fois nous peaufinons notre analyse au point que nous nous surprenons à affirmer ce que d’aucun pourrai prendre pour pure fantaisie… Nous mêmes, nous pourrions croire tout ceci très farfelu si nous n’étions pas certains de ce que nous avançons. Dernièrement, nous avons été invités à témoigner dans le documentaire sur Spirou que tourne actuellement Pascal Forneri. Tout en avançant nos connaissances, une petite voix me disait que ce discours là était bien singulier… et que dans le texte, il va nous falloir vous convaincre de la pertinence de notre ressenti !

Ce qui est amusant, c’est de voir que notre démarche est visiblement dans l’air du temps. Bertrand lit actuellement un ouvrage sur les Beatles dans lequel l’auteur s’est attaché à remettre à plat toutes les croyances autour de ce mythe, à vérifier certains propos de John, Paul, Georges ou Ringo, et qu’il y a trouvé parfois des invraisemblances. Et, sur la base de ces vérifications, l’auteur a fait sur les Beatles ce que nous faisons sur Spirou, c’est-à-dire proposer une nouvelle version à l’histoire déjà connue. Amusant, non ?

En tout cas, nous sommes très curieux de commencer le montage des chapitres, deuxième acte prévu dans moins de deux mois et qui prendra fin six mois plus tard, lorsque le maquettiste entrera en scène pour le troisième et dernier acte… Evidemment, nous ne sommes pas prêts : il nous reste encore trop de rencontres à retranscrire et encore l’une ou l’autre à mettre sur pied. Pourtant, on n’a pas lésiné sur les déplacements depuis la rentrée : 4 séjours à Bruxelles en moins de deux mois, un record épuisant. Mais nul doute que nous allons être dans les clous pour une sortie en avril 2013. On n’a jamais rendu un texte en retard et ce n’est pas celui-ci qui va changer nos habitudes !

Allez, c’est la dernière ligne droite. Dans huit mois, on prendra des vacances ! 

A bientôt, portez-vous bien…

Spirouette.

Nos recherches avancent et prennent de nouveau une tournure assez inattendue… Non, on n’a pas de super grande trouvaille à vous raconter qui nous aurait fait friser l’apoplexie. Après avoir le sentiment d’avoir mis le doigt sur « l’esprit Spirou », nous sommes  en train de comprendre « l’esprit Dupuis » et d’évaluer à sa juste mesure l’impact qu’il a eu sur Spirou.

Pierre Matthews et votre dévouée Spirouette. plus rien d'autre n'avait d'importance à ce moment-là que la compréhension intime de ses propos... Une pure rencontre !

Après avoir entendu parler pendant des décennies de la mentalité de cette famille racontée d’un point de vue chaque fois très subjectif, en rencontrant les petits-enfants de Jean Dupuis, nous en avons aujourd’hui une toute autre vue. Il ne s’agit pas de réécrire quoi que ce soit mais d’expliciter véritablement leur approche morale, politique et industrielle. En cela, notre seconde rencontre avec le fils de René Matthews il y a dix jours a été absolument fabuleuse. Nous avons en tout 7 heures d’entretien avec lui… Il a répondu à toutes nos questions avec une analyse et une sincérité admirable, ne se défaussant pas quand nous abordions des sujets délicats. Et il y en a eu… Nous n’étions pas là pour juger mais pour comprendre, je crois qu’il l’a compris. Nous avons profité de l’aubaine pour évoquer des sujets plus larges et, mieux vaut tard que jamais, toute l’époque Delporte. Quel dommage que nous ne l’ayons rencontré que maintenant… Enfin, si une nouvelle édition de notre bio sur Delporte s’offre à nous, nous pourrons la réactualiser avec bonheur !

Pour revenir à Spirou, nous avions entendu dire partout et toujours que Doisy, Delporte ou Martens n’avaient jamais eu le titre de rédac’ chef, et que le « vrai » rédac’ chef du journal était Charles Dupuis, et, comme beaucoup je crois, nous en déduisions que les autres faisaient le boulot à sa place.  Et bien non ! C’était un peu plus compliqué que cela, à Marcinelle ! Là-bas, il n’y avait que des fonctions, pas de titre. Doisy, Delporte et Martens avaient bien la responsabilité de ce rôle, et s’il n’en avait pas le titre, c’est parce que personne, ni eux ni les dirigeants, n’en avaient ! Question de morale, naturellement. Pierre Matthews nous l’a expliqué en ces termes : »Chez nous, on ne se vantait pas. Et si par malheur je disais à mes camarades que mon père était directeur chez Dupuis, je me faisais disputer par ma mère. Je devais dire « imprimeur ». Se vanter, c’était un péché ! »  Idem pour la fille de Paul Dupuis qui, elle, disait à ses camarades de classe que son père était fermier (!) : ainsi, elle obéissait au précepte familial. Et la lumière fut ! Voilà enfin une réponse à notre question : « Doisy était-il vraiment rédacteur en chef ou bien en usurpait-il le titre ? La réponse est non, il n’usurpait pas ce titre là et je peux continuer à l’admirer en toute sérénité ! Si Charles avait eu un titre, cela aurait été celui de « directeur de la publication ». C’est en arrivant dans l’entreprise que la troisième génération de dirigeants a demandé – exigé ? – un titre.

Voilà, entre autre, le genre d’éclairage que notre rencontre avec Pierre Matthews nous a offert. Ca n’a l’air de rien, mais dans le cadre de nos recherches, c’est énorme ! La création de Spirou est bien trop intimement liée à l’esprit des Dupuis pour que nous fassions l’impasse. On commence à dégager une analyse fine, comme on dit, de leur état d’esprit, et là, ça continue d’être passionnant ! Aujourd’hui, j’ai l’impression que c’est tout un livre que nous devrions écrire sur cette entreprise familiale. Le sujet est fabuleux et tellement riche ! Spirou est vraiment un miracle à tiroirs que nous ouvrons les uns après les autres…

Vendredi nous repartons en Belgique pour une journée à farfouiller dans une partie des archives familiales que Pierre Matthews a mises à notre disposition. C’est un très beau cadeau qu’il nous fait et nous lui en sommes très reconnaissants. Quand nous l’avons vu, il portait fièrement au revers de sa veste son insigne d’AdS. C’est touchant de rencontrer ces gens qui aujourd’hui encore, alors que l’entreprise est vendue depuis 30 ans, sont encore très émus par leur patrimoine familial… comme s’ils n’en revenaient toujours pas ! Quelle aventure humaine, tout de même !!!

R comme Robbedoes... Si René Matthews donnait à lire Spirou en français à ses enfants, il n'empêche qu'ils étaient AdS, côté Flamand !

Bon, samedi nous mettrons notre tenue de spéléologue que nous aurons déjà revêtue la veille chez Isabelle Franquin. Une journée complète avec elle pour évoquer le passé et dénicher quelques photos ou peut-être même des courriers…  ou l’enregistrement de la Flûte de l’oubli ! Nous ne perdons pas de vue le fameux feuilleton radiophonique après lequel nous courrons toujours…

Promis, si on le trouve, on vous le dit !

A bientôt,

Spirouette !

22 sept 2011, Commentaires (1)

Auteur: christelle

La Revue des livres pour enfants éditée par la BNF a enfin sorti son numéro consacré à Spirou. Quelques articles de fonds satisferont les ads que vous êtes (puisque vous suivez nos recherches  !). Philippe Capart, Sergio Honorez, + des interviews de Tome et Emile Bravo, ainsi que vos humbles serviteurs : nous avons eu la chance de pouvoir y raconter notre Spirou ; exercice périlleux dans la mesure où nous n’avions pas envie de continuer à véhiculer des lieux communs sans pour autant tout dévoiler de nos recherches… Finalement, nous avons choisi d’évoquer les étapes fondatrices de la construction de l’esprit Spirou. Nous avons ainsi pu raconter les premières années, celles qui nous touchent le plus finalement. La question humaine y est si vive !  Cet article était pour nous le premier pas vers la réhabilitation dans l’histoire de Spirou de certains hommes qui ont pourtant fait le mythe. Nous étions donc très heureux d’annoncer aux descendants de ces hommes-là que nous évoquions leurs père, grand-père ou grand-oncle. Comme nous l’a si justement écrit René Follet : « Tant de mains auront façonné Spirou »… Formule très juste qui pourrait tout à fait trouver sa place en 4ème de couverture… Lisez cet article, cela vous donnera un léger avant-goût de nos trouvailles.

Pour nous l’échéance approche, le moment jubilatoire où nous allons devoir passer à la forme de notre premier volume. Nous avons une belle matière dans laquelle nous allons puiser joyeusement pour construire le récit. C’est à la fois excitant et angoissant. Ne pas se tromper, mettre le bon morceau de puzzle au bon endroit, trouver le juste équilibre entre l’aventure et l’anecdote… Comme le font les sportifs sans doute, je me mets mentalement en condition… Si cette étape là sera ô combien jouissive, elle marque tout de même la fin d’une belle époque, celle où tout était encore à découvrir. L’impression que le plus beau est derrière nous. Des questions resteront à jamais sans réponse, nous en sommes désolés. La faute au temps qui passe et aux vivants qui trépassent ! Regrets éternels…

Bon, trêve de sentiments, demain nous partons au petit matin pour Bruxelles rencontrer de nouveaux témoins.

Vous trouverez des détails sur la Revue dont je vous parlais sur le site de La Joie par les livres.

Ami, partout, toujours, comme d’hab »!

spirouette

8 sept 2011, Commentaires (0)

Spirouette est de retour !

Auteur: christelle

Bonjour les ADS ! Ravie de vous retrouver après un été au large… Ces deux derniers mois loin de Spirou nous ont été bien utiles pour reprendre pied. Nous avons encore trois ans de travail devant nous avant la livraison du troisième et dernier volume de notre anthology et une pause s’imposait. La pause ne pouvait être totale car si nous avons tenu Spirou loin de nos activités, le projet et les idées continuaient malgré tout à cheminer. Et puis, nous avons profité des beaux jours pour faire quelques rencontres illustres, début juillet et mi-août. Début juillet, je vous en avais parlé, nous avons effectivement rencontré Yslaire… Hmmm…

Avec Yslaire... Il faisait beau, et chaud à Waterloo !

J’étais toute chose, devant le papa de Bidouille et Violette… Trois heures d’entretien édifiant, utile, passionnant. Aaaah, l’écouter nous dire que sans La Mauvaise tête, il n’y aurait pas eu Bidouille et Violette… Nous en avons eu pour notre compte !

Le lendemain, un petit crochet à l’église Saint-Josse pour un dernier hommage à M. Archives nous a offert de rencontrer de manière tout à fait imprévue le lumineux Philippe Mouvet, ADS d’honneur, au sourire rayonnant. Nous sommes en contact avec lui depuis longtemps et la rencontre ne s’était jamais faite. On a causé Spirou, évidemment, et nous sommes retournés le voir à Anvers en août.

L’après-midi, rencontre à Cheratte avec Walthéry. Quatre longues heures de discussion…

walthéry, admiratif de Doisy...

Le lendemain matin, périple épuisant, nous étions à Ostende où nous attendaient deux témoins : Henry Thiessens, spécialiste de l’oeuvre de Luc Lafnet, et Pierre Matthews, fils de René Matthews. Le hasard fait qu’ils habitent à 800 m l’un de l’autre. Pratique ! Si la rencontre du premier n’a rien apporté en terme de découverte -puisque nous avions déjà échangé l’essentiel par mail auparavant -, la rencontre du second a été extra.  A la fois par la sympathie de son accueil, sa bonne humeur, mais aussi par la richesse de son témoignage. Pierre Matthews nous a parlé de son père et de ses oncles, revenant avec beaucoup de distance sur certaines époques, n’hésitant pas à être critique quand il le fallait. Il n’est pas dans la langue de bois ou le souvenir enjolivé. Comme aucun des membres de la famille que nous avons rencontrés d’ailleurs. Leur témoignage a donc d’autant plus de valeur. Et puis, Pierre Matthews a touché mon coeur : rendez-vous compte, il nous a parlé de Jean Doisy qu’il a connu et nous en a dit grand bien ! Il a vu les spectacles du farfadet, est allé dans les coulisses ; il en garde un souvenir émerveillé… Or, vous savez comme je suis attachée à cet épisode méconnu de Spirou… Bref, je travaille depuis quelques jours à la retranscription de notre rencontre et elle fourmille de détails et renseignements. Les 4 heures passées avec lui n’ont pas suffit, nous devons le rencontrer de nouveau dans deux semaines. Il est évident que nous n’utiliserons pas tout pour notre Anthology, au risque de la rendre indigeste car bien trop détaillée. Mais le témoignage existera, et on se rend compte qu’au final, c’est ça le plus important. Recueillir la parole quand elle est encore possible. Comme on regrette d’avoir raté certains témoins… mais leur disparition est bien trop antérieure à notre projet pour que nous en portions la responsabilité. Ca nous console, un petit peu. Pour l’heure, il nous reste dix mois avant de rendre le texte du premier volume. Autant dire que nous donnons toute priorité aux témoins concernés. Par deux fois, cet été, nous avons failli rencontré le neveu de Rob-Vel, mais par deux fois, le rdv a été annulé. Alors qu’ils habitent si près de chez nous, nous avons du mal à les voir. Et là, ça urge ! Ils nous ont dit avoir finalement retrouvé bien peu de documents. Apparemment, il nous faudra nous contenter de ceux retrouvés dans la famille de son épouse Blanche Dumoulin. Enfin, ils sont déjà exceptionnels, on peut bien s’en satisfaire ! Avez-vous vu que Spirou a eu cette année les honneurs du Petit Robert ? Dans sa présentation, une erreur s’est glissée, erreur qui n’a pas échappé aux spécialistes que nous sommes devenus, par la force des choses… Et vous, l’avez-vous trouvée, cette erreur ? On espère qu’après notre anthology, la naissance de Fantasio ne sera plus injustement attribuée au seul Jijé… L’Histoire, et surtout ce qu’il en reste, est parfois bien ingrate…

A très bientôt,

Spirouette !

29 juin 2011, Commentaires (3)

M. Archives

Auteur: christelle

Comme nous, vous avez peut-être appris le décès de Thierry Martens, notre cher et précieux M. Archives. L’envie de lui rendre hommage via ce blog s’impose.

M. Archives, dans son élément...

Lorsque nous l’avions rencontré pour Spirou, l’automne dernier, je vous avais déjà parlé de la forte impression qu’il nous avait fait. Des gens comme lui, on n’en croisait pas tous les jours, certes non. La carrure, l’allure, le renoncement aux choses de la vie au bénéfice de sa passion pour les livres, lesquels avaient autant envahi son esprit que son espace, son immense culture de la littérature populaire et de bande dessinée, sa vivacité d’esprit, sa curiosité, et puis, aussi, sa façon de dire les choses sans chercher à plaire, direct, « cash », souvent déconcertante ; une franchise qui lui a valu souvent des inimitiés et qu’on rencontre chez les enfants quand ils ne savent pas encore mettre les formes. Sauf que lui, trop intelligent pour ne pas savoir, avait sans doute délibérément choisi de supprimer les ambages et autres ronds de jambe. Je regrette de n’avoir pas eu le temps de le titiller là-dessus, sa réponse aurait été à la hauteur de l’homme. Nous l’avions trouvé attachant, seul dans son antre, avec paradoxalement une ouverture sur le monde et une vie bien organisée autour de ses amis et sa passion. Tous les jours, à 15 heures, il retrouvait au café  deux ou trois fidèles, juste après avoir fait le tour des bouquinistess. Un homme avec ses habitudes, un homme heureux de sa vie.

Sa vie, elle tenait  sur la petite table carré devant laquelle il devait se tenir des heures entières. Une table qui en disait long. Dessus, une pile de livres, une autre de DVD, ses boites de médicaments, sa pipe et son tabac, son verre, les croquettes de son chat et celui-ci pas loin. A côté, sur un tabouret, un grille-pain posé. Une chaise, et c’est tout. Il n’avait assurément pas besoin de davantage pour être heureux. Cet homme apparemment rustre était vraisemblablement un gourmet. Au restaurant, il vous conseillait les meilleurs plats, vous mettant l’eau à la bouche, puis, promptement, passait aux choses sérieuses : nos recherches !

l'univers de Thierry Martens. Photo de Ch. Pissavy-Yvernault

Je me souviens comme il était curieux de voir ce que nous avions trouvé, notre argumentaire, etc. Emile André Robert, par exemple, Doisy encore plus… Nous savions quand nous avions piqué son intérêt car aussitôt, son regard se levait puis revenait tout aussi rapidement à un point que lui seul connaissait. Un point sans doute situé sur notre visage mais pas dans les yeux, ça, il ne pouvait pas. Ce point de non-regard, c’était sans doute son refuge, son astuce pour pouvoir affronter l’autre. Quelles blessures cachaient-il ? Je n’ose imaginer, cela devait friser l’indicible. Malgré les apparences immédiates, ou peut-être justement à cause de ces apparences immédiates, il portait une sensibilité débordante.

J’emporte de lui le souvenir d’un échange sur le pas de sa porte, lors de notre première visite. Arrivés 4 heures plus tôt, nous lui avions offert nos traditionnelles meringues qu’il s’était empressé de poser sur un coin de sa table, nous remerciant poliment puis, passant au vif du sujet sans transition. Et, au moment du départ, une question :

« C’est vous qui les avez faites, les meringues ?

- Oui, c’est moi.

-Ah. C’est bien. »

Pas sûr que ça leur plairait à tous les deux mais je sentais chez lui un point commun avec Delporte : deux hommes blessés qui, malgré tout, se sont fait une place de choix dans le monde. Et quelle place !

Nos recherches lui doivent évidemment beaucoup. Il faisait partie de ceux qui nous ont beaucoup aidé. Nous lui envoyions régulièrement une liste de points contrariants et aussitôt, il nous répondait par courrier une de ses lettres toujours propres, comme le disait très justement un internaute sur ActuaBD. Confronter son savoir au nôtre nous a permis d’avancer. Il était heureux de partager et d’avancer. Nous avons ainsi travaillé en profondeur toute la première période de notre anthology sur Spirou. Il nous manquera pour celle concernant les années 80. Il était au premières loges et son regard toujours vif nous manquera, même si nous avions déjà beaucoup abordé cette époque avec lui. Nous ne pourrons pas entrer dans les derniers petits détails…

Nous lui devons cela, mais bien plus encore. Nous lui devons ce que nous faisons aujourd’hui avec passion, écrire et raconter la bande dessinée. Précurseur dans le genre, ses dossiers étaient toujours passionnants. Un véritable Oncle Paul. Nous nous sentons un peu comme ses enfants. D’ailleurs, comme je le disais dans un autre blog, n’avons-nous pas repris ses recherches autour de Spirou là où il les a laissées dans « Les Mémoires de Spirou » ?

M. Archives, il était vraiment trop fort, et on l’aimait bien.

Il nous manquera.

Il y a un mois, nous avions déjeuner avec lui. Il venait de trouver le matin même deux ouvrages de la collection jaune de chez Dupuis, traduits par Doisy. Au cours de ce repas, il nous avait parlé de Chenneval, qui avait eu une mort comme il voulait la sienne : seul, chez lui, avec son chat, au milieu de ses livres. Et si on le découvrait quelques jours plus tard, le tableau serait parfait.

En ce sens, son voeu a été exaucé;

Spirouette

24 juin 2011, Commentaires (1)

Auteur: christelle

Nos recherches sur Spirou nous amènent à quelques incartades amusantes et variées… Ainsi, la semaine passée, j’ai livré un long article à la prestigieuse Revue des livres pour enfants qui affichera au sommaire de son numéro 260 un dossier consacré à Spirou. Cette revue est éditée par la Bibliothèque Nationale de France et doit être disponible sur commande sur leur site. J’ai pu leur proposer un article sur l’esprit Spirou, analyse purement rédigée sur les bases de nos recherches. J’y ai écrit en synthèse le fruit de nos recherches. Disons que c’est un avant-goût très succinct de ce que nous vous livrerons.

José Dutillieu, surnommé Dom José, directeur du concept...

De son côté, Bertrand, lui a travaillé à la rédaction du dossier de la prochaine intégrale Spirou, celle concernant l’épisode Broca-Cauvin. Ce dossier aurait pu s’appeler « Broca-Cauvin, l’un des plus beaux ratages éditorial !   » et met en scène le conflit Dutillieu-de Kuyssche, respectivement Directeur du concept (lui-même ne savait pas très bien ce que cela voulait dire…) et rédacteur en chef de Spirou. On s’aperçoit que nos rencontres, et c’est là le but, nous permettent d’apporter un point de vue neuf sur certains épisodes clés de Spirou. Là, par exemple, alors que tout le monde s’acharne sur Cauvin et Broca, on met en lumière les conditions éditoriales dans lesquelles ils ont été investis de cette mission. Et finalement, on a plus de compassion pour eux que de rancœur. Ils n’étaient pas à leur place et n’avaient d’ailleurs jamais demandé à y être, telle est la conclusion. La difficulté pour Bertrand dans ce dossier a été de dire ce qu’on savait, sans trop en dévoiler non plus… L’exercice était difficile car, en plus de cela, la chronologie était très compliquée. Finalement, il me semble qu’il s’en est bien sorti car il a malgré tout réussi à apporter un point de vue intéressant. Etant plongés à ce point dans l’histoire de Spirou, on ne pouvait pas se contenter des banalités servies depuis des années et rester dans la facilité.  Là encore, la lecture de ce dossier sera un avant-goût de nos recherches. Le sujet est prévu au tome 3, soit en 2015… Dans les 4 années qui restent à venir, il y a fort à parier que nous aurons approfondi davantage encore le dossier !

Le grand intérêt pour nous, finalement, de ces deux exercices, aura été de poser nos connaissances et le fruit de notre réflexion sur le sujet.Et ça, ce n’est jamais du luxe !

Bon, plus que 10 jours avant notre rencontre avec Yslaire… Voilà que je retrouve mes instincts de midinette…

A très bientôt,

Spirouette !