6 mai 2013, Commentaires (0)

Je vous avais promis…

Auteur: christelle

Je vous avais promis de vous raconter quelques anecdotes à propos de certains documents montrés dans notre livre, puis j’ai oublié. Il n’est pas trop tard pour me rattraper.

Voici donc la petite histoire de cette planche :

Il s’agit d’une planche signée Davine, donc dessinée par Luc Lafnet, parue dans la revue Guignol cinéma en septembre 1936. Nous étions alors totalement immergés dans le mystère Davine – ce fameux pseudonyme partagé par Lafnet et Blanche Dumoulin, l’épouse de Rob-Vel – et afin de mener à bien notre enquête, nous multipliions la documentation autour de Lafnet. Sachant qu’il avait signé quelques planches dans Guignol cinéma, nous avions eu l’envie de voir de quoi il retournait. Un peu au hasard, nous en commandons un numéro sur ebay… et par je ne sais quel enchantement, dans ce numéro figurait cette planche dans laquelle, une fois encore, il est question d’un peintre. Même  mise en scène que la première planche de Spirou, et que la planche de Bizouk et Pelik publiée dans notre livre. Cette similitude n’a fait que renforcer nos présomptions. Quant au caractère hasardeux de la découverte de ce document… Autant vous dire qu’après cela, nous nous sommes fortement interrogés sur la possibilité d’une aide divine dans nos recherches… Avouez qu’il y a de quoi, non ?

A propos de cette histoire de peintre, vous ai-je dit que depuis la parution de notre livre, un lecteur a découvert une planche de Luc Lafnet sur laquelle figure exactement le même peintre que dans la première planche de Spirou ? Même col roulé, même collier de barbe, même profil… pas de doute, le personnage est identique. Sauf qu’il a été dessiné en 1935, soit trois ans avant Spirou. Magnifique, non ?

On n’a décidément pas fini d’en découvrir, autour de la naissance de Spirou !

A bientôt,

Spi.

Après avoir célébré avec beaucoup de joie et d’émotion le 75ème anniversaire de Spirou -je prendrai le temps de revenir dessus dans quelques jours – voici venu le temps du Spirou Tour dont la prochaine étape est à paris, à la Fnac des Ternes. Nous y serons, joyeusement accompagné de Benoît « le débonnaire » Feroumont – l’auteur de la magnifique série Le Royaume – et d’autres auteurs de l’écurie Spirou. Conférence animée par Morgan di Salvia (Actua BD) à partir de 14 h 30 suivie de dédicaces pour ceux qui veulent, discussion pour les autres…

Séance de rattrapage samedi 18 mai à la journée BD de Quaregnon -près de Mons en Belgique. Même programme : conférence d’une heure animée par Morgan di Salvia, suivie de dédicaces ou discussion, au choix. Il y aura également Benoît Feroumont -on ne se quitte plus ! – mais aussi Fred Jannin, Sergio Salma, Flore Balthazar…

Nouvelle séance de rattrapage la semaine suivante, samedi 25 mai, au salon Bulles de Mantes, à Mantes-la-Jolie. Sans Benoît Feroumont, ni Morgan di Salvia…

Au plaisir de vous y voir, peut-être… Sinon, il faudra attendre Oléron, fin juin, ou Rochefort, fin août.

Spi.

16 avr 2013, Commentaires (6)

Dans le genre…

Auteur: christelle

Dans le genre « recherches autour du Journal de Spirou », notre ami Christian Jasmes vient de publier son travail sur Marcel Remacle, dessinateur du Journal de Spirou et du Moustique qui a en ce moment même les honneurs d’une expo à Tubize (Belgique).

Critique

Nous ne saurions trop encourager la démarche de Christian qui, comme nous mais avec moins de tapage (!) a mené l’enquête pour mieux connaître Marcel Remacle. La tache était ardue car cet auteur n’a jamais cherché la lumière, et qui plus est, a noué peu de relations dans le métier. Christian a été en contact avec sa famille, mais aussi avec Maurice Rosy qui, à son poste de Directeur artistique du Journal de Spirou, et surtout par affinité personnelle, était proche de tout ceux qui n’ont pas eu le bonheur de faire partie de la dream-team de Spirou. La biographie de Remacle est également éclairée par les témoignages de Walthéry et Léonardo et agrémentée de quelques belles photos

A lire…

A voir… l’expo dure jusqu’au 26 avril.

Spi.

Ce livret est disponible sur le site suivant :

http://www.bdtresor.net/index.php/module/souscription/resid/22/les-archives-de-bdtresor-special-remacle.html

8 avr 2013, Commentaires (11)

Auteur: christelle

Alors que nous revenions ce matin d’un nouvel enregistrement radio – RTL cette fois – nous avons eu le bonheur de découvrir dans notre boîte aux lettres la seconde édition de notre Véritable histoire de Spirou. Celle-ci est exempte d’un nombre considérable de fautes répertoriées sur le premier tirage ; et pour cause : une seconde relecture a été réalisée. Ainsi Doisy ne parle plus de la célèbre « poignée de maison » de Valhardi mais bien de la « poignée de main maison« , Philippe Capart ne dit plus que Spip est la « mascotte de la série » mais « la mascotte de la mascotte« , analyse autrement plus pertinente, et le récapitulatif de nos sources est ENFIN juste.

L’un d’entre vous m’a soufflé l’idée de mettre à votre disposition une liste de ces rectificatifs. Il est vrai que ceux qui ont acheté la première édition sont lésés puisqu’ils bénéficient d’une édition qui comporte quelques erreurs. Et comme il n’est pas question de vous dire d’acheter la seconde pour profiter de ces réajustements, d’ici quelques jours, vous pourrez télécharger sur ce blog ou sur le site de Dupuis la liste des quelques informations modifiées ainsi que les vrais renvois de nos sources.

Au-delà de ce réajustement nécessaire, ce second tirage est une belle récompense car il signifie que les 5000 exemplaires du premier tirage ont trouvé preneurs. Nous qui escomptions toucher 2500 passionnés, nous voilà bien surpris. Il faut dire que la couverture presse des 75 ans est absolument exceptionnelle. Les médias s’emparent de cet anniversaire et Spirou entre de nouveau dans les foyers. Nous voilà devenus ambassadeurs du message spiroutuel, véritables garants de la mémoire et de l’idée que Spirou est bien plus qu’un simple personnage. Et plus le temps passe, et plus nous nous sentons petits face à cet honneur auquel nous n’aurions jamais prétendu. Mais ramener ce « succès » au seul mérite des journalistes est un peu court ; vous-même, vous portez notre travail de façon assez spectaculaire et nous vous en sommes très reconnaissants.

Alors que je trie les interventions utilisées dans le premier volume, j’en redécouvre certaines écartées… Quel dommage d’avoir dû faire des choix car la matière remisée est tout aussi riche et j’en viens à regretter de ne pas avoir conservé certains témoignages. Mais nous aurions alors fait un livre de 500 pages ! Depuis trois ans, nous avons mené plusieurs centaines d’heures d’entretiens – entre trois et quatre cents ! – dont nous n’avons conservé qu’une partie. Reste la partie cachée de l’iceberg qu’un jour peut-être nous pourrons vous présenter…

Le revers de la médaille… c’est que des petits malins profitent de nos recherches bien malhonnêtement en mettant sur le marché de faux dessins de Spirou par Luc Lafnet… Après les faux-Franquin, les faux Luc Lafnet ! L’idée est si grotesque et les dessins si malhabiles qu’il vaut mieux en rire. Et puis, comme l’écrivait Doisy à l’intention des AdS qui transgressaient les règles du code d’honneur, l’auteur de cette escroquerie s’exclue lui-même…

Malgré tout, l’enquête continue…

29 mar 2013, Commentaires (5)

à chaque époque, ses recherches…

Auteur: christelle

Bien, même s’il est déprimant de se dire qu’une vie ne nous suffira pas pour raconter la Véritable histoire de Spirou telle que nous la voulons, l’avancée de notre travail est pleinement réjouissante. On peut dire désormais que nous sommes en plein dans ce qui sera le coeur de notre second volume. On vous l’a dit, raconter Spirou et analyser ses planches, c’est intéressant, mais pas suffisant.

Nos recherches du côté de l’entreprise Dupuis se poursuivent : après avoir épluché les registres du personnel – dont la lecture n’est intéressante que si on la met en perspective, nous continuons nos investigations du côté des rédactions conjointes des différentes publications Dupuis. La rencontre très fortuite avec un ancien rédacteur de Humo et Bonnes soirées nous a aidé à mieux comprendre le fonctionnement de la rédaction. Celui-ci était jusque-là très flou, les rôles de chacun mal définis, les relations entre les acteurs très abstraites… et là, pour le coup, tout devient moins nébuleux. On saisit mieux l’interaction entre Troisfontaines, Rosy, Delporte et Charles Dupuis, et on n’en comprend que davantage encore le secret de Spirou.

Nos recherches du côté d’Henri Gillain, scénariste de Il y a un sorcier à Champignac,ont repris et nous amènent sur des pistes amusantes autour de la création du Comte.

Décidément, même s’il contiendra moins de révélations choc -c’est bien Franquin qui a dessiné Spirou, il n’avait pas de nègre…, ce second volume aura lui aussi bien des attraits. Pensez-donc : Waterloo et la bande des 4, le voyage au Mexique, la création de Champignac, du marsupilami et, en filigrane, le développement de la maison Dupuis et la naissance du Journal Tintin, les jeux de plages, la mort de Jean Dupuis et celle de Jean Doisy, la naissance du studio Franquin… Et vous voudriez que dans ce second volume, nous racontions l’histoire jusqu’à l’arrivée de Fournier ?! Vous rêvez : avec ce programme, et juste ce programme, on va vous faire un 300 pages qui ne s’arrêtera, au mieux, qu’en 1960. Ne le dites pas à notre éditeur, il feint encore de croire que nous bouclerons l’histoire en trois tomes !

Et comme, depuis le début, nous sommes sur plusieurs front à la fois, nous continuons d’étudier la douloureuse période de la vente des éditions Dupuis. Jusque-là, tout ce que nous pouvons entendre, ou lire, est furieusement à charge, mais il y a des choses qui ne collent pas. J’ai l’impression qu’il y a eu du règlement de compte dans l’air. C’est évidement un passage délicat, qui ne sera traité que dans le quatrième ou sixième tome (si nous avons l’énergie d’aller jusque-là !), mais en tout cas, il mérite que nous prenions du temps pour mener une réflexion au plus juste des évènements.

Alors que le prochain volume de l’intégrale Spirou est près de sortir, nous bouclons le volume suivant dont la parution est prévue en octobre prochain. Nous sommes déçus, pour ce premier volume de l’époque Tome & Janry, d’avoir eu si peu de documents d’archives. Les sources sont difficiles à trouver mais il semblerait que de nouvelles pistes se soient ouvertes à nous depuis. Nous avons donc bon espoir d’améliorer l’iconographie dès le prochain tome. Mais rassurez-vous, nous avons quand même pu bénéficier d’une imagerie variée pour cette intégrale. C’est juste qu’on espérait mieux…

Et voilà, c’est tout pour aujourd’hui.

Amie, partout, toujours !

Spi.

21 mar 2013, Commentaires (0)

les yeux vers hier…

Auteur: christelle

Je viens de passer quelques dizaines d’heures à éplucher les archives d’entreprise de Dupuis, des dizaines d’heures à voir défiler sous mes yeux des noms par centaines, des Delobbe et des Delmotte par familles entières ; tous ces noms sont ceux qui ont fait, d’une manière ou d’une autre, l’histoire de Spirou.

L’intérêt de l’étude de ces archives est prioritairement technique puisqu’elle nous permet de définir avec une exactitude absolue les arrivées de chacun dans la maison et, si on pousse l’observation plus loin, on peut tout-à-fait définir des courants, des statistiques, etc. Mais je n’ai pu m’empêcher à la lecture de ces documents de tenter de percevoir les vies de chacun, établir des liens entre eux, les imaginer arriver rue Destrée à bicyclette, coiffés de leurs casquettes, mégot aux lèvres et le cou protégé d’une écharpe tricotée main, au point mousse. Les années passant, leurs vêtements se colorent, les coiffures changent, les jupes se raccourcissent… Cela commence dans les années 20 et se termine en 1986. Plus de six décennies se sont déroulées sous mes yeux, à la vitesse de la lumière, faisant défiler de vrais gens. Ils ont tous connu de l’intérieur l’entreprise Dupuis et ils auraient eu tant à nous raconter si nous les avions rencontrés… Ce que je veux dire, c’est tout le regret que nous avons d’entreprendre si tard ces recherches. Nous reconstituons un passé dont nous ne connaissons rien, et dont la plupart des témoins ne sont plus. C’est un sentiment étrange ; j’ai parfois l’impression de vivre à cheval entre notre époque et celle d’avant, avec tous ces fantômes… et je ne peux m’empêcher d’avoir pour eux tous comme une tendresse.

Je viens de lire la bio dessinée de Fournier où il est évoqué les échanges qu’il a eus avec Rob-Vel sur Spirou. On y voit un Rob-Vel aux cheveux blancs, moustache fine, comme sur les photos, dans un environnement moderne, parlant de Spirou… « Voir » Rob-Vel parler de Spirou, ça m’a procuré un sentiment très complexe. Nous aurions « presque » pu, nous aussi, lui poser nos questions, et entendre les réponses que nous n’aurons jamais. C’est un renoncement qu’il nous est difficile d’atteindre.

La sortie de notre livre nous a permis d’entrer en contact avec un « ancien » de Dupuis, à la Galerie du Centre, entre 56 et 62. Il a un sens de l’observation et une analyse très poussés, des souvenirs intacts ; après 3 heures d’entretien, nous continuons à pousser plus loin les questions ; ça n’en finit pas. Le décès de Maurice Rosy, hormis l’aspect personnel, nous a sacrément bouleversés : il était « notre » témoin de première catégorie, même si parfois il répondait à nos questions par des formules mystiques, ou par des images. Dans le livre de Joub et Jacobi sur Fournier, on le voit à son poste de directeur artistique, recevant le jeune Fournier. Je l’ai retrouvé dans leur dernière rencontre dessinée, lorsque Fournier lui demande si ça vaut le coup qu’il persévère ; et Rosy de répondre : « C’est à vous de répondre à cette question ». J’ai sa voix dans l’oreille quand je lis cette phrase. Douce, posée, bienveillante. Alors qu’on peut le trouver décourageant, je le vois, moi, très différemment : il n’était pas là pour vous dicter ce que vous deviez faire mais pour vous guider. Maurice Rosy, c’était un Seigneur. Il faudra désormais faire sans lui.

Mais plus nous avançons dans nos recherches et plus les questions nous viennent.  Une vie pourra-t-elle suffire pour raconter notre Véritable histoire de Spirou ?

Je ne crois pas.

23 fév 2013, Commentaires (11)

le coeur gros…

Auteur: christelle

Ce matin, Maurice Rosy est mort. Notre cher Maurice… Que de merveilleux moments nous avons partagés avec lui depuis ce jour de 2001 où nous sommes allés chez lui, rue Schoelcher, à Paris.

Cette rencontre était magnifique. Nous étions avec Frédéric Jannin et nous enquêtions à propos d’Yvan Delporte. Il nous a accueillis simplement, avec chaleur, dans son bel appartement, blanc et lumineux, épuré. L’homme était serein et un fort bien-être se dégageait de lui, de son environnement. Il a sorti des verres et nous a fait goûter un délicieux vin rouge, tout simplement. Nous n’étions plus là, nous étions je ne sais où, et sortis de chez lui, nous étions encore tout étourdis par cette étonnante rencontre.

Quiconque croisait sa route tombait sur le champ sous le charme de son large sourire et de ses grands yeux bleus, ronds comme des billes et brillants de malice, d’intelligence. Il avait le verbe choisi, répondait toujours après un temps de réflexion et sa vision du monde, des gens, était toujours singulière. D’ailleurs, il était singulier. A nul autre pareil. Il nous faisait l’effet d’un petit prince échoué sur terre, observant ses contemporains et la valse folle du monde. Il s’en tenait à distance mais n’en perdait pas une miette. Quelle vie dans son regard, et quelle modernité dans ses idées. Je me souviens de longues conversations intimes au cours desquelles il était étonnant d’ouverture, de compréhension de l’âme humaine… Il n’était pas un homme de son époque ; il voyait toujours loin, très loin.

De l’avis de tous, c’était un homme délicieux. Je me souviens de son allure, so british, avec sa casquette et ses pantalons anglais. A ses côtés, dans la rue qui nous menait au restaurant près de chez lui, nous évoluions au milieu des gens, et le regardant à la dérobée, je voyais bien qu’il détonait parmi les passants. Maurice Rosy était un bien beau Monsieur, aimé de tous. Aimé de ceux qui partageaient sa vie aujourd’hui, et aussi de ses voisins, les commerçants de son quartier, de ceux qui l’ont connu, voici plus de 60 ans, quand il faisait ses premiers pas chez Dupuis. Tout ceux à qui nous avons parlé de lui s’en souviennent avec bonheur : « Ah, Maurice Rosy ! Lui, c’était quelqu’un de bien ! » Bienveillant, toujours, il soutenait les jeunes auteurs pris dans la tourmente, entre Charles Dupuis et Yvan Delporte. A eux trois, ils formaient ce que nous appelons la Sainte Trinité et jamais le Journal de Spirou n’aurait connu un tel âge d’or si un seul de ces trois-là avait manqué tant ils étaient complémentaires, c’est certain. Maurice Rosy, scénariste de quelques fabuleuses aventures de Spirou, mais aussi génial créateur de Monsieur Choc, de Bobo, mais aussi de Boule et Bill. Il a décidé de changer de vie, à l’aube des années 70, et de conquérir Paris et ses agences de dessin.

Jusqu’au jour où nous sommes venus le sortir de sa retraite. C’était il y a douze ans et il était très étonné d’être l’objet de tant de questions. Il se disait non passéiste mais à voir l’intérêt qu’il portait à nos recherches, l’entrain qu’il mettait à nous raconter ses années Spirou, on devinait chez lui un certain plaisir. De loin en loin, puis de plus en plus, nous avons partagé des moments délicieux. Je me garderai bien de dire qu’il s’agissait d’amitié. Mais d’affection, ça oui. Comme nous l’aimions, Maurice… Jamais nous ne l’avons tutoyé. Il n’était pas homme à qui on avait envie de donner une tape dans le dos ; il était délicat, et nous en prenions soin.  Il a été le premier témoin que nous avons rencontré, deux jours après que Sergio Honorez nous ait donné son accord pour écrire cette histoire de Spirou. Quand notre enquête nous en laissait le temps, nous allions le voir, et nous lui racontions nos découvertes, nos émotions… Nous l’amusions, et peut-être même que nous l’étonnions.  Il nous aidait dans la mesure de ses souvenirs. Il a été le premier à qui nous avons annoncé que le livre était fini, et nous avons fêté cela au restaurant. Il a été le premier à qui nous l’avons offert ; c’était en décembre dernier, quelques jours avant noël. Il était déjà hospitalisé depuis plusieurs semaines, et nous ne voulions pas qu’il ne voit pas cet ouvrage dont nous étions si fiers. Au téléphone, il m’a dit, une fois de plus, combien notre travail était nécessaire, et important, qu’il nous fallait continuer dans cette voie et que nous méritions ces succès. Quand je lui disais notre bonheur, il me répondait : « Je comprends, il y a de quoi. » Et sa phrase ne se terminait pas sur une exclamation, mais sur un point. Je l’ai quitté lui disant qu’il fallait qu’il se rétablisse bien vite, qu’on avait encore beaucoup de travail et qu’on comptait sur lui dans notre tâche. Sa fille Véronique lui avait transmis ces dernières semaines quelques documents sujets à questionnement, et il avait prit cela très au sérieux. « Bien, j’ai du travail; » avait-il dit à sa fille. Son dernier « cadeau » était la révélation d’un pseudonyme que Delporte utilisait pour ses articles dans le Moustique. Cette info-là sera chère à notre coeur à plus d’un titre.  40 ans après avoir claqué en douceur la porte de chez Spirou, sans s’en apercevoir, il a repris du service et rejoué avec nous le rôle qu’il avait auprès des jeunes auteurs.  Nous ne dirons jamais assez combien ses encouragements nous ont portés.

J’ai pu lui offrir une dernière fois une boîte emplie de mes meringues maison ; je sais qu’il les aimait, et je crois qu’il nous aimait bien.

Maurice Rosy était un homme exceptionnel. Maurice Rosy est mort.

Ce soir, nous avons le coeur gros.

Christelle

17 fév 2013, Commentaires (2)

il y a des semaines…

Auteur: christelle

Il y a des semaines où tout se précipite… et celle qui se termine aujourd’hui a été très riche en trouvailles, émotions et promesses en tous genres.

La sortie de notre livre a eu le grand mérite de faire état au grand jour de nos recherches auprès de personnes  auxquelles nous n’aurions pas eu accès avant cela. Ainsi, nous avons été contacté par un ancien membre de la rédaction des publications Dupuis. Il a travaillé galerie du Centre à Bruxelles à partir de 1956 aux côtés de messieurs Troisfontaines, Delporte, Rosy… Nous sommes impatients de le rencontrer car il va pouvoir nous raconter par le menu l’organisation des rédactions, leurs interactions, mais aussi,et surtout, nous l’espérons, pouvoir éclaircir certains points. Cet aspect de l’histoire peut sembler loin de Spirou mais il permet de mieux comprendre l’état d’esprit de la maison Dupuis, lequel a toujours été en perpétuelle évolution, je dirais même en perpétuel tiraillement entre l’esprit de Jean Dupuis et la modernité.

Nous avons également repris contact avec un autre témoin. Il est un très grand connaisseur de la maison puisqu’il y a travaillé, et nous réservions son « interrogatoire » pour plus tard, ne pensant pas qu’il avait des choses à nous dire sur les premières années. Et c’était là une grossière erreur d’appréciation de notre part… Il nous a apporté des compléments d’informations que nous aurions bien aimé connaître sur l’épisode Hergé dans Spirou… Forts de ceux-là aujourd’hui, nous savons aujourd’hui dans quel sens compléter le sujet. On touche là la problématique de nos recherches sur des faits vieux de presque 70 ans, consignés dans aucun écrit. Thierry Martens était déjà décédé lorsque Pierre Matthews s’est souvenu de cet épisode, et les témoins à qui nous avons posé la question n’en avait pas connaissance. Nous avions déjà décidé de revenir sur la création du journal Tintin, ce ne sera donc pas difficile de revenir également sur cet épisode, les deux étant liés.

autoportrait de Luc Lafnet - 1935

Cette semaine s’est terminée en apothéose par l’annonce d’une vente aux enchères réalisée voici dix jours chez Artcurial de toutes les archives d’atelier de Luc Lafnet, celles-là même après lesquelles nous avons couru pendant trois ans et que sa détentrice refusait obstinément de nous montrer. Elle était d’ailleurs tellement obstinée qu’elle n’a pas voulu entendre notre demande et nous a raccroché au nez avant que nous ayons pu terminer notre plaidoirie. Après cela, elle n’a plus jamais répondu à aucun de nos appels… Rien d’étonnant de la part d’une femme qui a définitivement détruit la mémoire du peintre en brûlant toutes ses correspondances et autres documents. Bref, le fait que les archives aient été vendues signifie donc qu’elles vont enfin pouvoir être accessibles. D’ailleurs, nous avons appris cette vente par un de ses acheteurs, lequel nous annonce que dans son lot se trouvent des dessins troublants en rapport avec Spirou…  Encore quelques jours, le temps pour lui de tout trier et numériser.  Peut-être a-t-il la preuve irréfutable dont nous manquions jusque-là ? Comme vous l’imaginez, nous attendons fébrilement ces documents. Le mystère Davine sera-t-il lui aussi définitivement éclairci ? Nous avons reçu dernièrement par un de nos « correspondants » une planche signée Davine datée de 1935 dans laquelle apparaît le même peintre que dans la première planche de Spirou. Même barbe, même pipe, même implantation de cheveux, même chevalet… La ressemblance est frappante. Promis, nous vous la montrerons un jour, cette planche.

Si cela vous amuse, vous pouvez consulter en ligne le catalogue de la vente aux enchères : www.artcurial.com/pdf/2013/2277.pdf

Voilà les dernières nouvelles du front. Je vous l’avais dit, il y a des semaines où tout s’accélère…

A très bientôt,

Spirouette

Nous avons frisé l’arrêt du coeur

7 fév 2013, Commentaires (2)

les mémoires de Jean Dupuis

Auteur: christelle

cahier dans lequel Dahlia a recopié les mémoires de son époux. Ils avaient 4 enfants, elle entreprit donc d'en réaliser 4 exemplaires. Ecrits à la main, bien sur.

Au cours de nos recherches, notre rencontre avec Pierre Matthews, petit-fils de Jean Dupuis, a été fondamentale. Nous n’étions pas très à l’aise au cours de notre rencontre car nous avions précédemment échangé des courriers dans lesquels nous avions compris qu’il n’avait guère apprécié notre ouvrage sur Yvan Delporte… Dans son salon, nous étions face à un homme qui, donc, avait quelques à-priori sur notre travail… Jusqu’au moment où le malentendu a été levé de façon inopinée. Rassurés, nous avons dès lors pu dialoguer avec plus de liberté. L’homme est drôle, fin, et d’une grande honnêteté intellectuelle. D’heure en heure, son témoignage prenait une tournure tout-à-fait exceptionnelle et nous sommes revenus chez nous le soir très tard (5 heures de route !). Ce n’est qu’en réécoutant les enregistrements que nous avons réalisé qu’il nous avait offert de mettre ses archives à disposition ! Dans le feu de l’action, cette information majeure était passée à la trappe… Illico, nous avons convenu avec lui d’un nouveau rendez-vous, et là, ses archives nous sont apparues, contenant moult documents exceptionnels, dont les fameux manuscrits des mémoires de son grand-père que nous avons reproduits au tout début du livre. Régulièrement, alors qu’il était en exil à Londres, il envoyait à sa chère Dahlia des épisodes de sa vie, dont celui où il créa Spirou. Tenir en main ces feuillets, c’était bien évidemment très émouvant. On ne dira jamais trop le pouvoir évocateur des documents, meubles ou lieux originels… Mais au-delà de ce sentiment fort, nous tenions en main les documents fondateurs du Journal de Spirou, et racontés par Jean Dupuis lui-même ; rien que ça. C’était donc un témoignage de tout premier ordre qui nous parvenait par-delà le temps…

L’épisode de la naissance de Spirou comporte en tout six feuillets dont le dernier, daté du 4 novembre 1944, fait allusion à l’avenir :

« Spirou atteindra un jour un tirage très important et nous fondons aussi des espoirs pour Robbedoes. Nous n’espérons pas cependant que cette même publication atteindra jamais les tirages que nous espérions atteindre pour Spirou. Cependant, qui sait ? »

Si je me souviens bien, c’est sur ses mots que se termine l’écriture de ses mémoires sur lesquelles, vous avez vu, nous nous sommes en très grande partie basé pour écrire son histoire. Quelle heureuse idée de les avoir écrites !

Spirouette

30 jan 2013, Commentaires (0)

pour les curieux…

Auteur: christelle

Bertrand et Pascal Forneri, c'était mardi soir dans Ouvert la nuit.

Bonsoir les amis,

Voici ci-dessous deux liens vers le site Express BD qui a bien voulu nous accorder un entretien. Une interview à laquelle j’ai pris beaucoup de plaisir à répondre ; Vivian Lecuivre a su y faire !

http://expressbd.fr/2013/01/23/christelle-pissavy-yvernault-auteure-avec-bertrand-pissavy-yvernault-de-la-veritable-histoire-de-spirou/

http://expressbd.fr/2013/01/29/christelle-pissavy-yvernault-auteure-avec-bertrand-pissavy-yvernault-du-dossier-de-presentation-de-spirou-par-rob-vel-l-integrale/

et pour ceux qui voudraient entendre ce que Bertrand a à dire, voici un autre lien :

http://www.franceinter.fr/reecouter-diffusions/435095

C’était mardi 29 janvier, dans Ouvert la nuit, émission de France Inter.

Pour ceux qui seront présents à Angoulême vendredi, à 19 heures à l’Espace Franquin, il y a une projection du documentaire de Pascal Forneri suivie d’une petite table ronde à laquelle nous participons. Entrée gratuite. Sourire exigé !

Amie partout toujours,

christelle