Tags: Doisy

18 sept 2012, Commentaires (0)

Auteur: christelle

Après un long moment sans grandes véritables avancées -relectures, corrections, etc -, voilà que la réalisation de notre livre avance à grands pas. Il est d’ailleurs sur le point d’être terminé.

Hier soir, je suis revenue d’une seconde longue séance de mise au point avec Philippe Ghielmetti, le maquettiste, au cours de laquelle nous avons peaufiné sa mise en page. Notre parti pris ? Beaucoup de pleines pages afin de mettre en valeur les documents proposés. Peu de planches ou de couvertures du journal, au final, puisque, tôt ou tard, elles seront toutes publiées dans des conditions optimales. Nous privilégions les photos, les courriers, les illus rares…

Ce qui est amusant, c’est que, comme nous, Philippe prend le parti de faire ce qu’il a à faire, et la pagination suivra ! On avance en se faisant plaisir, sans se priver de l’une ou l’autre envie. C’était une bonne chose de renoncer à étirer notre récit jusqu’en 1950, sinon, nous aurions du rentrer toute cette belle imagerie au chausse-pied !

Mon document préféré ? Sans aucun doute la reproduction du tableau téléphonique de Paul Dupuis, dans son agenda 1945. Il y a les numéros de téléphone de Doisy, Moons, son frère Charles, René Matthews… 487715, c’est le téléphone de Doisy. Je regarde cette liste de noms et je rêve à l’idée que peut-être, ils pourraient décrocher si l’envie me prenait de composer leurs numéros…

Mais j’aime aussi beaucoup la photo « plein pot » de la marionnette de Spirou et l’affiche inédite de Jijé, les photos de Lafnet, Blanche et Rob-Vel, celles des enfants Dupuis en pyjama… Il en reste une de Paul Dupuis et Blanche, son épouse. Ils sont décontractés, heureux, plein d’amour et de joie. C’est pendant la guerre, leur petit garçon de deux ans est en Angleterre -ils ne le reverront pas avant ses sept ans – et pourtant, ils sourient. Quelle leçon ! Nous n’avons pas encore placé cette photo mais je sais qu’elle aura SA place. Elle me touche beaucoup.

Nous avons commencé la rédaction des légendes. Sacré boulot !

Aujourd’hui, mardi, Philippe termine la mise en page du dernier chapitre, des annexes et des portraits.

C’est un vrai plaisir de travailler avec lui. Je le nourris de meringues, histoire de lui donner de l’énergie, lui qui travaille sept jours sur sept en ce moment…

A très bientôt,

Spirouette

Huit jou

27 sept 2010, Commentaires (2)

La prière de Spirou

Auteur: christelle

Nous sommes rentrés hier soir de notre voyage à Bruxelles, épuisés. Deux rendez-vous seulement, mais pas n’importe lesquels…

Samedi, à 14h30, nous sonnions à la porte de M. Archives, alias Thierry Martens, rédacteur en chef de Spirou post-Delporte. Nous avons été largement impressionnés par son érudition et, disons-le, sa personnalité. Nous avons abordé l’entretien avec, pour mission, de combler les manques dans notre histoire, mais surtout, de vérifier ses sources. Et là, M. Archives nous a sorti le grand jeu, argumentant ses propos par des références très précises…

les tables autour desquelles nous discutons en disent toujours long...

Cet homme a une mémoire phénoménale. En fait, tout ce qu’il sait, il l’a acquit en mettant en perspective le contenu du journal avec les événements. Par exemple, à la question : « Sauriez-vous nous dire pourquoi Jijé a vendu Fantasio à Dupuis ? » Réponse :  » C’était en quelle année ? 1948 ? Oh mais c’est simple : c’est l’année où il est parti au mexique ; il avait donc besoin d’argent, tout simplement. » Elémentaire, mon cher Watson !

Il a également interrogé Jijé et bien d’autres. Les Dupuis ? Non, pas très bavards. Au final, son savoir est précieux. Nous tirons quand même une petite vanité à l’avoir collé deux fois. La première fois, à propos du mystère Davine-Lafnet, puis la seconde à propos de Doisy. Là, sorry, on commence à en savoir pas mal…

Cet entretien a duré 3h45. 3h45 d’enregistrement d’une conversation non-stop, passionnante. Nous avons confronté notre savoir au sien et, de fait, notre récit a fait un grand pas. Après être sortis de chez lui, une seule solution : aller nettoyer notre esprit au cinéma ! Très efficace quand votre tête fourmille de tout ce que vous venez d’entendre. « Tamara Drewe » était parfaite.

Le lendemain, à 9 heures, Ding ! Dong ! chez Mme Moons. L’épouse d’André Moons, le marionnettiste créateur de Fantasio en 1942, et son fils nous y attendaient avec quelques belles surprises. A ce niveau-là, ce ne sont même plus des surprises, ce sont des trésors. Vraiment.  Il y a quelques mois, quand nous avons entrepris de retrouver les marionnettes, cela nous semblait quasi-secondaire, anecdotique, etc. Donc, hier, nous nous faisions vraiment plaisir en rencontrant la famille du « Magicien du Farfadet ».

André Moons, vers 1942. Un gamin d'à peine 20 ans...

Sauf que là, ils nous ont bluffés à la fois par leur gentillesse et l’effort qu’ils avaient fait pour rassembler toutes leurs archives, classées exprès pour nous, mais aussi par la qualité des documents qu’ils nous ont montrés. Grâce à eux, nous avons découvert l’absolue importance qu’a eu Spirou auprès de centaines, voire de milliers de personnes en Belgique, pendant la guerre. Et comment avons-nous découvert cela ? Juste parce que la famille d’André Moons avait conservé des articles de presse dans lesquels Doisy himself raconte l’aventure du théâtre de Farfadet ! Nous avons également eu accès aux bulletins de cette troupe dans laquelle ils ont été nombreux à signer des articles fort édifiants pour nos recherches. Et puis, et puis… nous avons retrouvé tous les textes des pièces de théâtre des marionnettes dans lesquelles Spirou, Spip, Fantasio, Tif et Tondu sont apparus, ainsi que le texte manuscrit de Jean Doisy où Fantasio se présente aux spectateurs. Première apparition de ce personnage devenu mythique écrite par la main de son créateur… il ne manque qu’une chose : la date.

Outre ceci, nous avons également trouvé des textes fort émouvant, signés Doisy, comme cette « Prière de Spirou », datée de 25 décembre 1942 :

« (…) Que devant l’humble crèche, symbole de paix, nos pensées rejoignent ceux qui sont morts pour la patrie et ceux qui souffrent de la guerre,

(…) Pitié pour ceux qui souffrent ;

pitié pour ceux qui pleurent ;

pitié pour ceux qui ont faim et froid.

Que Noël apporte à tous l’espérance.

C’est la prière de Spirou. »

C’est ainsi que se terminait l’ouverture du spectacle de marionnette ce jour-là… Comme Doisy, Spirou était résistant, comme Doisy, Spirou a apporté du rêve à tous les enfants de cette époque… la lecture de ces documents le démontre avec force et ça, jamais nous n’aurions imaginé que notre recherche des marionnettes nous mènerait à cette découverte.

Cela pourrait presque atténuer l’instant où le fils d’André Moons est apparu tenant entre ses mains, les bâtons de bois auxquels étaient accrochés des fils, auxquels, au bout, tenait Spirou. Voilà. Cette marionnette, la famille l’avait offerte à des amis. Pour notre visite, ils la leur ont empruntée ; sauf qu’entre-temps, ces amis leur ont dit de la garder. Spirou rentre chez lui, en quelques sortes. Nous lui avons été présentés. Sa marionnette est d’une grande beauté,  ressemblant au portrait peint par Jijé pour l’enseigne du journal pour lequel il avait pris son fils Benoit pour modèle. Elle est encore en très bon état. Non, n’insistez pas : on vous la montrera un peu plus tard… Soyez patients… Maintenant, nous recherchons activement la marionnette de Fantasio. Peut-être dans un musée, près de Lille. Nous sommes sur une nouvelle piste. Les deux marionnettes réunies, nous pourrons peut-être reconstituer le spectacle du farfadet puisque nous avons les textes… Ce serait rigolo, non ?

Nous avons découvert chez ces gens d’autres choses encore dont nous ne vous parlerons pas. Encore plus incroyable que tout ce que je viens de vous décrire… Promis, on vous montrera cela en gros, en très gros, dans les pages de notre livre. Il faut bien que nous vous gardions encore quelques surprises, non ?

Pour l’heure, j’ai eu besoin de cette journée de lundi pour me remettre de mes émotions. J’ai le coeur fragile… D’autant que notre prochain rendez-vous sera lui aussi très impressionnant. Qui ? Oh… ses initiales : A. U. … Promis, on vous racontera.

A très bientôt,

ch.