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3 jan 2017, Commentaires (9)

De Marcinelle à Fort Wayne…

Auteur: christelle

Parmi les bonnes résolutions que je pourrais prendre pour 2017, celle de tenir davantage à jour ce blog aurait son intérêt… Seulement, en la prenant, j’ai bien peur de ne pas tenir la route. Alors improvisons, et on verra bien.

Cette seconde moitié 2016 a été riche en péripéties, que je ne peux hélas pas toutes vous raconter. Il y a eu des hauts, et bien des bas. L’essentiel est de rester concentré sur ce qui marche, et nous renvoie une énergie positive.

Entre autres rencontres étonnantes, dernièrement, celle de Gabriel Delobbe n’est pas des moindres. Gabriel Delobbe était un copain de Delporte, qui avait travaillé en même temps que lui aux ateliers, après-guerre. Il y a une dizaine d’années, alors que nous travaillions sur le livre consacré à Delporte, nous avions remarqué son nom au dos de photos anciennes, lui attribuant ces clichés. Vous en connaissez une bonne partie : tous ceux des véhicules de l’imprimerie Dupuis, le personnel des ateliers, etc. Autant de photos reproduites dans La véritable histoire de Spirou ou dans quelques intégrales. Ayant appris qu’il était décédé, nous avions rencontré ses enfants. La piste était close.

Jusqu’à ce jour de novembre où nous recevons un message via le blog, qui commençait ainsi : « Je suis Gabriel R. Delobbe. » Oups ! Etait-ce une farce ? L’intérêt de la blague était mineur, avouons-le. Un revenant ? Presque. Son message s’achevait par ces mots : « Une personne du même nom était mon parrain. »

Bon sang, mais c’est bien sûr ! Il y avait deux Gabriel Delobbe, et nous ne le savions pas. Mais comment l’imaginer, c’est tellement peu probable…

Immédiatement, je l’ai appelé.  Notre Gabriel a aujourd’hui 92 ans et il vit aux Etats-Unis depuis 1951, où il a fait une carrière de photographe. Il a découvert notre travail en surfant sur internet, où il est tombé sur notre blog. Bien sûr, il était très surpris de voir que ces clichés trouvaient un sens, 70 ans plus tard, et tout aussi content de voir que, sans le savoir et à sa manière, il avait contribué à transmettre l’aventure Dupuis, où il a travaillé entre 1945 et 1951. Nous lui avons bien sûr offert tous les ouvrages dans lesquels ses photos sont parues, et il en a commencé la lecture séance tenante. J’imagine aisément le choc que cela a du lui faire… Les Dupuis, Delporte, Paape, Franquin… il s’en souvient bien. Il se souvient aussi avoir utilisé la boîte de gouache de ses enfants pour marquer au dos des planches originales les indications de couleur… Et oui, ces pages coloriées au dos sont de lui. Et puis, il nous a fourni de nouveaux clichés d’époque, que nous ne connaissions pas. Alors que nous travaillions sur le tome 3 de l’intégrale Valhardi, on a pu enrichir quelque peu le récit. On y a même glissé une photo de lui… Petit clin d’œil à ce revenant inattendu, qui ne manque pas de charmes. Son enthousiasme fait plaisir à voir, vraiment. Il est d’une sincérité absolue, réjouissante.

Le plus incroyable dans l’affaire, c’est que ses petits cousins travaillent encore à Marcinelle, nous les voyons régulièrement… mais ils ne savaient pas que leur grand cousin avait lui aussi travaillé chez Dupuis… Ils ne pouvaient donc pas nous mettre sur sa piste. Et comme il existait un autre Gabriel Delobbe, un homonyme, ils ne se sont pas posés davantage de questions sur l’auteur des photographies de l’imprimerie  publiées dans nos livres.

Pour le nouvel an, il nous a envoyé une photo de lui, posant fièrement avec les livres où ses photos sont publiées. Hélas l’encre a collé à l’enveloppe. Ce portrait flouté par erreur n’en a que plus de douceur. L’homme est aussi charmant qu’il en a l’air, ce qui ne gâte rien.

Face à l’adversité et aux grincheux que nous rencontrons parfois, des Gabriel Delobbe sont de véritables bouffées d’air frais. C’est même pour lui, et quelques autres comme lui, que nous sommes heureux de faire ce que nous faisons.

Bonne année !