15 jan 2016, Commentaires (25)

La véritable histoire du jour J

Auteur: christelle

Nous sommes le 15 janvier. Trois jours avant le troisième anniversaire de la sortie du premier volume (Ca se fête ?), le second paraît en librairie.

Le plus terrible, c’est que ce jour pas comme les autres va se passer exactement comme tous les autres : petit déjeuner, surveiller les préparatifs du départ à l’école des enfants, travailler, déjeuner, travailler, ne pas oublier de récupérer Jules à 14h45 au collège, retravailler, récupérer Joséphine à 17h30 chez son amie, retravailler… Bref, la vie normale.

Le plus exaltant a été de le faire : se lever un matin qui a l’air d’être comme les autres, sauf qu’on sait qu’on va écrire le premier mot de la première phrase du premier chapitre de la suite de La véritable histoire de Spirou. Donner à Bertrand les chapitres au fur et à mesure qu’ils s’écrivent, les retravailler encore et encore jusqu’au moment où on se sent prêt à les faire lire à nos éditeurs. Attendre fébrilement qu’ils le lisent, tout en se disant que finalement, tout ce que nous avons pu écrire n’est pas très intéressant, d’une banalité confondante. On a presque honte, déterminés à changer de métier… Puis recevoir deux jours plus tard un appel enthousiaste de l’un des deux (déjà ?!), qui nous explique par le menu ce qu’il a aimé. « Ah ? Vraiment ? A ce point ? Tu es sûr ? » Aller fêter cela au restaurant le soir même avec les enfants qui ne comprennent même pas ce que ce jour a de si doux.

Puis attendre les commentaires de notre second éditeur, plus coriace. Tous les deux, ils se complètent à merveille : l’un est dans le fond, le second dans la forme. Rendez-vous avec ce « second »-là, dans une belle brasserie de Montparnasse, à deux pas de l’atelier de Ghielmetti où dans quelques jours il commencera la mise en page… Mais pour l’heure, on n’en a pas encore fini avec le texte : José-Louis élève l’exigence d’un cran : « on s’en fout de l’avis de machin », « déjà dit », « trop long », « vous n’avez pas besoin de vous justifier, on vous croît »… Sous nos yeux, des paragraphes sont rayés, raturés… A l’aide, on défaille ! Pourtant c’est une belle journée ensoleillée. Puis parfois, il se laisse aller à la passion, oublie la forme au bénéfice du fond : « c’est incroyable, ça ! » Tout ça, il le dit avec mille précautions, avec un beau sourire, franc et rassurant. « Vous avez fait un super travail. » « Ah bon, tu es sûr ? » Repartir en se disant : « Ok. Tu vas voir ce que tu vas voir, mon gaillard ! » et reprendre tout le texte, une fois encore. Avoir suffisamment d’humilité pour écouter les conseils avisés de notre éditeur, et juste ce qu’il faut d’orgueil pour vouloir lui montrer de quoi on est capables. C’est dur ! Sa mission était de nous faire bénéficier de sa propre qualité d’auteur et de son expérience. Il sait de quoi il parle, on le sait. Il a raison ; pas toujours. Quoique… On reprend toutes ces notes : on garde des idées, on renâcle sur d’autres, pas d’accord… Cette nouvelle mouture, on la lui livrera mais il n’en dira pas un mot. Il sait que ce livre doit rester notre bouquin.

Puis vient le temps de la mise en page. On livre toute l’iconographie à Ghielmetti. Depuis le temps, il connaît nos intentions. Il sait qu’entre lui et nous, ce sont deux points de vue différents qui finalement se rejoignent : l’important, c’est l’histoire que le document raconte, sa valeur ajoutée. Il nous apprend la force du décalage entre le texte et l’image : ne pas forcément montrer ce que tout le monde attend. Et parfois il râle : « mais non, c’est plus sexy comme ça ». « Mouais… » On bataille sur une image, on chipote sur un détail. Et puis finalement, bien sûr, c’est lui qui a raison. Et d’autres fois, souvent, il me fait plaisir : - « Oh, celle-là, j’y tiens vraiment : c’est le clou de notre bouquin. Tu voudrais pas la placer sur une double page ? » Puis 6 pages plus loin, demander une autre image : – « celle-là, on ne peut pas ne pas la mettre, c’est sans doute ma séquence préférée de Spirou et Fantasio ». – « On s’en fout, ça n’apporte rien ! » – « Mais si !  » – « Mais non ! ». D’autre fois, panique à bord : la définition du document n’est pas suffisante. Il faut d’urgence le faire renumériser, et pour ça, trouver quelqu’un qui le possède… Envoyer 38 mails comme autant de cannes à pêche… Chouette, ça mord !

Notre histoire prend forme page après page,  se concrétise. C’est un sentiment inouï qui s’étend sur plusieurs semaines… Puis partir en vacances, tout en sachant que c’est fini sans l’être tout à fait : il faut encore lire et relire, vérifier que rien n’a été oublié, être intransigeant… Puis appeler Marcinelle de toute urgence depuis notre villégiature : on vient de nous signaler que nous avons écrit que le Marsupilami est amphibie dans Les pirates du silence ! Comment a-t-on pu écrire une telle bêtise ? Vite, il faut changer ! Stéphane, notre assistant d’édition, devient fou tellement un bouquin comme ça, c’est un boulot de dingue. Il finira par partir en vacances.

Tout ça pour en arriver là : vendredi 15 janvier.

On l’a fait !

Bonne journée !

Ch.

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