Archives: octobre 2015

31 oct 2015, Commentaires (12)

Jour J, ou J moins 7 ?

Auteur: christelle

Aujourd’hui, 31 octobre, le Spirou de Jijé sera enfin entre vos mains – ou tout du moins entre celles de ceux qui l’attendaient. Les quelques personnes qui ont pu le voir jusque-là ont toutes marqué un temps de surprise, tellement l’existence de cet ouvrage semble irréelle. De mon côté, plus je le regarde, et plus je trouve que c’est un livre qui swingue. C’est étrange, hein ?!

Nous continuons à être heureux, très heureux, de l’avoir fait, mais j’avoue que le plaisir de le savoir enfin « vivre » est légèrement atténué par l’imminente parution de son « frangin », à savoir l’ouvrage reprenant les couvertures du Moustique.

Pour diverses raisons, nous ne l’avons découvert que mercredi dernier, alors que, sur le chemin de Marcinelle, nous avons fait une halte chez notre restaurateur de documents en chef, Alain Maury, qui nous a mis la « bête » entre les mains. Pour le coup, c’est quand même nous qui avons du mal à croire à son existence physique. En tout cas, quel plaisir de le tenir enfin entre nos mains, contre nous allais-je écrire, puisqu’il a le même toucher soyeux que notre Véritable histoire de Spirou. Nos partis-pris esthétiques lui donnent une allure quelque peu différente de ce que nous avons l’habitude de faire, et le travail d’Alain Maury ravira tout ceux qui ont parfois été déçus par l’état de certains documents reproduits dans d’autres ouvrages. Nous lui avons en effet confié l’entièreté de l’iconographie, à charge pour lui de supprimer les effets de l’usure du temps, mais aussi de rattraper la piètre qualité de reproduction de certaines illustrations. Entre les décalages de couleurs, la transparence du papier, et l’état parfois désastreux de certains fascicules, on peut dire qu’il a fait des miracles.

Il est vrai que la recherche des exemplaires à reproduire a constitué une partie étonnamment importante dans la réalisation de ce bouquin. Les plus naïfs d’entre vous se sont sans doute dit qu’il nous a suffit de descendre aux archives de Dupuis, et de choisir. Mais non, cela aurait été trop facile ! Chez Dupuis, nous avons bien l’entièreté de la collection, mais reliée en d’épais volumes de 15 cm d’épaisseur, rendant absolument impossible la numérisation à plat de n’importe laquelle de ces pages ! Nous avons donc du partir en quête de chaque numéro… Et pour ajouter à la difficulté, il ne suffisait pas de trouver le fascicule du numéro X de 1948. Il devait AUSSI être bien imprimé ET en très bon état. Clairement… nous avons souvent désespéré. Nous avons multiplié les contacts pour arriver à nos fins. Bien évidemment, aucun souci pour trouver divers exemplaires d’un fascicule illustré par Morris ou Franquin, et nous pouvions même faire les difficiles. Ceux-ci ont été précieusement conservés par les collectionneurs. En revanche, c’était une toute autre affaire dès lors qu’on sortait de ce champ-là. Je me souviens notamment de deux couvertures. Nous avons du renoncer à l’une car nous n’en avons trouvé aucun exemplaire ; quant à la seconde, elle était dans un état déplorable : piquée par l’humidité, déchirée… et c’est là que l’exigence et la patience d’Alain Maury ont été précieuses. Au final, nous ne savons même plus la distinguer des autres illustrations !

Alain Maury, c’est également lui qui a restauré la plupart des illustrations reproduites dans l’intégrale Jijé. Et là aussi, il a souvent fait des merveilles. Vous avez peut-être déjà remarqué son nom au générique de certains livres. Aujourd’hui, on ne fait plus un bouquin sans que l’une ou l’autre image ne passe entre ses mains. Et plus c’est difficile, plus il nous étonne…

Ah, Alain…

Ch.

Je remarque avoir quelque peu négligé de vous parler de nos dernières rencontres, celles-là même qui font le jus de nos recherches. Pourtant, il y en a eu quelques fameuses.

La dernière en date est celle de Gérald Forton, himself, dessinateur de « Kim Devil » pour la World Presse de Troisfontaines, dans les années 50, de « Alain Cardan » avec Yvan Delporte, d’une kyrielle « d’Oncle Paul », et qui a également énormément travaillé pour les revues des éditions Dupuis.

Dans le tome 2 de notre Véritable histoire de Spirou, il témoigne abondamment à propos de personnages clés comme Troisfontaines ou Charles Dupuis. Son point de vue est intéressant car distancié, sans amertume, et teinté d’humour. Sa carrière lui a permis de ne pas être aigri et la culture américaine dont il est imprégné aujourd’hui, depuis maintenant plus de 30 ans qu’il vit en Californie, apporte une note cash à ses propos. Et puis, quelle mémoire ! Des témoins d’une époque aussi lointaine, avec des souvenirs aussi nets, on adore ! D’autant plus que nos prochains travaux sur le tome 2 de l’intégrale  »Valhardi » aborde elle aussi cette période. Du coup, on ne se prive pas de faire appel à lui, histoire de mieux saisir les enjeux entre les différents acteurs, et comprendre dans quel contexte tout se faisait. A votre tour, vous pourrez bientôt apprécier la pertinence de son témoignage…

Jusque-là, nous n’avions travaillé avec lui que par téléphone, et puis, sa récente présence en France et en Belgique nous a donné l’occasion de le rencontrer. Vous avez vu sa photo ? Quelle allure ! Il nous a avoué se promener parfois avec un étui à violon, histoire de jouer avec les apparences… Du coup, on dirait le père de Soda ! Ah ! Ah ! Ah !

A bientôt,

Spi.

10 oct 2015, Commentaires (5)

Quelques piqûres bien senties !

Auteur: christelle

Cette semaine, de Marcinelle j’ai pu remporter avec moi les cahiers d’impression de notre livre sur les couvertures du Moustique, qui paraîtra début novembre et que nous avons mijoté en grand secret pendant presque 3 ans… Vous commencez à le savoir : on aime prendre notre temps… Et il fallait bien ça pour mettre sur pied ce drôle de projet, qui paraît si évident pour chacun, et qui ne l’était absolument pas.

Par quel bout prendre ce sujet ? Quels auteurs sélectionner ? Que montrer ? Comment le montrer ?… Autant de questions auxquelles nous avons du répondre au fur et à mesure…

L’inventaire des couvertures a été la première partie de ces recherches. Bon nombre d’entre elles n’étaient pas signées… Il y en a pour lesquelles l’identification était aisée ; mais pour d’autres… Il en reste encore aujourd’hui que nous n’avons pas identifiées, et que nous avons donc du mettre de côté. Il y en a également qui étaient identifiées mais pour lesquelles nous ne savions rien de leur auteur, et personne autour de nous n’a pu nous mettre sur une piste. Là encore, nous avons du les mettre de côté.

Après cela, il a fallu définir l’angle d’attaque. Il était très tentant de réduire ce livre à la célèbre Bande des 4, mais, plus nous regardions les illustrations des autres auteurs, et plus nous regrettions de ne pas pouvoir les montrer. Parmi elles, il y en avait de fameuses qui méritaient bien une « exposition ». Roba, Rosy, Moallic, Sempé, Bara, Ryssack… Oui mais alors, quelle logique donner à cette approche ?

Le seul lien entre tous ces auteurs étaient qu’ils avaient tous collaboré à cette revue alors qu’ils démarraient leur carrière ; nous avions là, sous nos yeux, les balbutiements de leur univers, voire la mise en place de celui-ci. A partir de là, c’était bon : nous tenions notre fil conducteur !

Oui, mais alors, quelles couvertures sélectionner ? Et là… Oh comme ce fut difficile ! Que d’hésitations, de tergiversations, de renoncements et de regrets… Les pages étaient comptées… Certaines couvertures se répondaient et trouvaient merveilleusement leur place en vis à vis, d’autres étaient redondantes, certaines détonnaient ou bondissaient littéralement et, du coup, s’imposaient. Il y en eut d’autres qui n’ont malheureusement jamais trouvé leur place… Il fallait rythmer les pages, trouver un enchaînement logique… Que d’allers-retours !

Nous avons travaillé cette mise en page avec Benoît Gillain et c’était vraiment très gai de faire ce livre avec lui. Il avait connu tous ces auteurs à l’époque même où ils dessinaient ces couvertures – il en a lui-même commis deux ! - et c’était pour lui comme un retour sur cette période. Parfois, au détour d’une illustration ou d’une photo, lui venait un souvenir, ou une anecdote. « Tiens, mais c’est mon vélo !  » s’est-il ainsi exclamé devant la très belle photo de Bara pédalant sur un vélo en chapeau haut-de-forme. Nous avions des débats d’idée sur les choix, et tantôt l’un, tantôt l’autre, nous baissions les armes. Il avait une approche graphique du livre, alors que nous, nous tenions par-dessus tout à ne pas perdre de vue que nous allions raconter une histoire. Et il est vrai que certaines couvertures n’ont trouvé leur place que par l’histoire qu’elles racontaient, le lien entre leur auteur et sa carrière à venir.

Parallèlement, nous avons donc « écrit » l’histoire de ces illustrations sous forme de commentaires ponctuels. L’idée était de contextualiser ces images, d’apporter de-ci delà quelques repères, voire quelques digressions. Nous avons donc « illustré » ces dessins par nos textes ; c’est pas banal !

Nous avons été passionnés par cette mise en perspective de certaines de ces couvertures avec la réalité de leurs auteurs. A son échelle, Le Moustique a lui aussi été un élément fondateur dans l’histoire de la bande dessinée en Belgique et il est indissociable du Journal de Spirou, son petit frère. Les rédacteurs (tels Doisy, Delporte, Xavier Snoeck, Desprechins) et autres illustrateurs travaillaient bien souvent pour les deux revues et ce sont bien ces incessantes passerelles que nous racontons dans les commentaires.

Cet « exercice » a été comme une nouvelle façon de raconter l’histoire du Journal de Spirou. Et pour nous qui avons l’habitude de laisser aller notre plume, ce fut un beau challenge !

En tout cas, tenir aujourd’hui ces feuilles entre nos mains est très émouvant. Avec l’énergie dévorante de notre Véritable histoire de Spirou, nous avions presque oublié à quel point ce livre est tout aussi important à nos yeux. Et sur bien des points…

Nous sommes heureux de l’avoir fait, et nous avons  vraiment hâte qu’il existe en librairie. Il ne changera pas la face du monde, mais pour nous, il marque une étape.

Y serez-vous sensibles vous aussi ?

Ch.

Pour le plaisir, voici quelques doubles pages photographiées en vrac.