Archives: mars 2013

29 mar 2013, Commentaires (5)

à chaque époque, ses recherches…

Auteur: christelle

Bien, même s’il est déprimant de se dire qu’une vie ne nous suffira pas pour raconter la Véritable histoire de Spirou telle que nous la voulons, l’avancée de notre travail est pleinement réjouissante. On peut dire désormais que nous sommes en plein dans ce qui sera le coeur de notre second volume. On vous l’a dit, raconter Spirou et analyser ses planches, c’est intéressant, mais pas suffisant.

Nos recherches du côté de l’entreprise Dupuis se poursuivent : après avoir épluché les registres du personnel – dont la lecture n’est intéressante que si on la met en perspective, nous continuons nos investigations du côté des rédactions conjointes des différentes publications Dupuis. La rencontre très fortuite avec un ancien rédacteur de Humo et Bonnes soirées nous a aidé à mieux comprendre le fonctionnement de la rédaction. Celui-ci était jusque-là très flou, les rôles de chacun mal définis, les relations entre les acteurs très abstraites… et là, pour le coup, tout devient moins nébuleux. On saisit mieux l’interaction entre Troisfontaines, Rosy, Delporte et Charles Dupuis, et on n’en comprend que davantage encore le secret de Spirou.

Nos recherches du côté d’Henri Gillain, scénariste de Il y a un sorcier à Champignac,ont repris et nous amènent sur des pistes amusantes autour de la création du Comte.

Décidément, même s’il contiendra moins de révélations choc -c’est bien Franquin qui a dessiné Spirou, il n’avait pas de nègre…, ce second volume aura lui aussi bien des attraits. Pensez-donc : Waterloo et la bande des 4, le voyage au Mexique, la création de Champignac, du marsupilami et, en filigrane, le développement de la maison Dupuis et la naissance du Journal Tintin, les jeux de plages, la mort de Jean Dupuis et celle de Jean Doisy, la naissance du studio Franquin… Et vous voudriez que dans ce second volume, nous racontions l’histoire jusqu’à l’arrivée de Fournier ?! Vous rêvez : avec ce programme, et juste ce programme, on va vous faire un 300 pages qui ne s’arrêtera, au mieux, qu’en 1960. Ne le dites pas à notre éditeur, il feint encore de croire que nous bouclerons l’histoire en trois tomes !

Et comme, depuis le début, nous sommes sur plusieurs front à la fois, nous continuons d’étudier la douloureuse période de la vente des éditions Dupuis. Jusque-là, tout ce que nous pouvons entendre, ou lire, est furieusement à charge, mais il y a des choses qui ne collent pas. J’ai l’impression qu’il y a eu du règlement de compte dans l’air. C’est évidement un passage délicat, qui ne sera traité que dans le quatrième ou sixième tome (si nous avons l’énergie d’aller jusque-là !), mais en tout cas, il mérite que nous prenions du temps pour mener une réflexion au plus juste des évènements.

Alors que le prochain volume de l’intégrale Spirou est près de sortir, nous bouclons le volume suivant dont la parution est prévue en octobre prochain. Nous sommes déçus, pour ce premier volume de l’époque Tome & Janry, d’avoir eu si peu de documents d’archives. Les sources sont difficiles à trouver mais il semblerait que de nouvelles pistes se soient ouvertes à nous depuis. Nous avons donc bon espoir d’améliorer l’iconographie dès le prochain tome. Mais rassurez-vous, nous avons quand même pu bénéficier d’une imagerie variée pour cette intégrale. C’est juste qu’on espérait mieux…

Et voilà, c’est tout pour aujourd’hui.

Amie, partout, toujours !

Spi.

21 mar 2013, Commentaires (0)

les yeux vers hier…

Auteur: christelle

Je viens de passer quelques dizaines d’heures à éplucher les archives d’entreprise de Dupuis, des dizaines d’heures à voir défiler sous mes yeux des noms par centaines, des Delobbe et des Delmotte par familles entières ; tous ces noms sont ceux qui ont fait, d’une manière ou d’une autre, l’histoire de Spirou.

L’intérêt de l’étude de ces archives est prioritairement technique puisqu’elle nous permet de définir avec une exactitude absolue les arrivées de chacun dans la maison et, si on pousse l’observation plus loin, on peut tout-à-fait définir des courants, des statistiques, etc. Mais je n’ai pu m’empêcher à la lecture de ces documents de tenter de percevoir les vies de chacun, établir des liens entre eux, les imaginer arriver rue Destrée à bicyclette, coiffés de leurs casquettes, mégot aux lèvres et le cou protégé d’une écharpe tricotée main, au point mousse. Les années passant, leurs vêtements se colorent, les coiffures changent, les jupes se raccourcissent… Cela commence dans les années 20 et se termine en 1986. Plus de six décennies se sont déroulées sous mes yeux, à la vitesse de la lumière, faisant défiler de vrais gens. Ils ont tous connu de l’intérieur l’entreprise Dupuis et ils auraient eu tant à nous raconter si nous les avions rencontrés… Ce que je veux dire, c’est tout le regret que nous avons d’entreprendre si tard ces recherches. Nous reconstituons un passé dont nous ne connaissons rien, et dont la plupart des témoins ne sont plus. C’est un sentiment étrange ; j’ai parfois l’impression de vivre à cheval entre notre époque et celle d’avant, avec tous ces fantômes… et je ne peux m’empêcher d’avoir pour eux tous comme une tendresse.

Je viens de lire la bio dessinée de Fournier où il est évoqué les échanges qu’il a eus avec Rob-Vel sur Spirou. On y voit un Rob-Vel aux cheveux blancs, moustache fine, comme sur les photos, dans un environnement moderne, parlant de Spirou… « Voir » Rob-Vel parler de Spirou, ça m’a procuré un sentiment très complexe. Nous aurions « presque » pu, nous aussi, lui poser nos questions, et entendre les réponses que nous n’aurons jamais. C’est un renoncement qu’il nous est difficile d’atteindre.

La sortie de notre livre nous a permis d’entrer en contact avec un « ancien » de Dupuis, à la Galerie du Centre, entre 56 et 62. Il a un sens de l’observation et une analyse très poussés, des souvenirs intacts ; après 3 heures d’entretien, nous continuons à pousser plus loin les questions ; ça n’en finit pas. Le décès de Maurice Rosy, hormis l’aspect personnel, nous a sacrément bouleversés : il était « notre » témoin de première catégorie, même si parfois il répondait à nos questions par des formules mystiques, ou par des images. Dans le livre de Joub et Jacobi sur Fournier, on le voit à son poste de directeur artistique, recevant le jeune Fournier. Je l’ai retrouvé dans leur dernière rencontre dessinée, lorsque Fournier lui demande si ça vaut le coup qu’il persévère ; et Rosy de répondre : « C’est à vous de répondre à cette question ». J’ai sa voix dans l’oreille quand je lis cette phrase. Douce, posée, bienveillante. Alors qu’on peut le trouver décourageant, je le vois, moi, très différemment : il n’était pas là pour vous dicter ce que vous deviez faire mais pour vous guider. Maurice Rosy, c’était un Seigneur. Il faudra désormais faire sans lui.

Mais plus nous avançons dans nos recherches et plus les questions nous viennent.  Une vie pourra-t-elle suffire pour raconter notre Véritable histoire de Spirou ?

Je ne crois pas.