Archives: mai 2012

A l’heure où nous bouclons le huitième et dernier chapitre de notre premier tome, Philippe Ghielmetti, notre maquettiste, vient de nous informer qu’il se trouve face à un problème, un gros problème :  nous avons fourni suffisamment de texte pour faire un livre de presque 500 pages… De son point de vue, il n’est pas question de réduire l’iconographie. Du point de vue de l’éditeur, il n’est pas question de réduire le texte. Nous, de notre côté, nous sommes ravis car les deux sont trop beaux pour s’en priver. Une seule solution : revoir la césure de ce premier tome.

Pour vous donner une petite idée, voici une feuille de mon sous-main avec les multiples notes "ne pas oublier". Celui-ci date d'il y a deux semaines.

Finalement, le récit ne s’arrêtera pas à l’année 1950, entre Mystère à la frontière et Il y a un sorcier à Champignac mais directement après-guerre, à la fin de l’année 1945 quand Franquin fait ses premiers pas dans la maison.

Etrangement, cette décision est assez logique. Nous-même, en écrivant les chapitres suivants, on se rendait bien compte du changement d’époque : après guerre, on entre dnas l’époque moderne : exit Doisy et la famille Dupuis, Rob-Vel… Bonjour Troisfontaines, Paape, Morris, Charles Dupuis, etc. !  Ce n’est donc pas plus mal de terminer l’histoire à ce moment-là.

Un premier tome de 250 à 300 pages pour raconter les huit premières années de Spirou, création incluse… alors que jusque-là cette période était traitée en dix lignes. Tant mieux pour nous : tout restait à raconter et on ne s’en est pas privé !

De même qu’on ne va pas se priver d’étoffer les quelques années qui suivent de quelques témoignages qui nous sont finalement apparus absolument indispensables mais que, du coup, nous n’avions plus le temps de traiter.

Tout est bien qui finit bien.

Reste à savoir si nous réussirons à raconter en seulement deux volumes les 67 années qui suivent… Chaque chose en son temps.

Pour l’heure, nous rencontrons mercredi prochain notre éditeur pour revenir avec lui sur les remarques et changements qu’il aura à nous proposer puis avec le maquettiste pour aborder très concrètement la mise en page.

Etant donné ce changement de programme, notre texte est terminé. Reste à adapter la conclusion du chapitre 1944-1945 et à gérer toutes les annexes. Bertrand a établi avec soin une bibliographie extrêmement détaillée de la parution des planches de Spirou dans la presse. Nous allons reprendre tous les faits de notre récit pour les synthétiser en une chronologie exhaustive. Puis faire tous els réajustements de texte qui s’imposeront.

En gros, fini le rythme de dingue, les journées intensives… Depuis quelques jours, j’avais déjà commencé la décélération nécessaire à la gestion du stress… Le soleil revenu, l’incitation n’en est que plus naturelle !

A tout bientôt,

Spi.

A bientôt,

19 mai 2012, Commentaires (3)

historique !

Auteur: christelle

Vendredi soir, nous sommes revenus d’un bref séjour dans la région de Bruxelles où nous étions invités à rencontrer un nouvel acteur dans notre enquête, un autre petit-fils de Jean Dupuis. Mais je crois vous en avoir parlé précédemment, souvenez-vous, c’est grâce à l’enthousiasme communicatif de sa propre fille qu’il avait accepté de nous rencontrer.

Bref, sa soeur que nous connaissons bien maintenant avait organisé la rencontre. A plusieurs moments, autant eux que nous, nou avons eu un très étrange sentiment puisque nous leur parlions de leur propre famille et de certains évènements comme si nous étions des leurs, rectifiant ou précisant des informations, leur parlant de leur tante Marie-Louise, du cousin Pierre ou du grand oncle Etienne… Cela faisait une drôle d’impression.

Une fois encore, nous avons été saisi par la gentillesse de leur accueil. Les côtoyer nous donne une idée de l’état d’esprit familial originel. Imaginez tout de même que ce sont des personnes qui ne nous connaissent absolument pas et qui, très chaleureusement, nous ouvrent leur porte, nous reçoivent… et accessoirement, mettent à notre disposition leurs archives familiales. Ils nous sont  d’une très grande aide, ne manquant jamais de répondre à chacune de nos interrogations et de préciser certains points. Et tout ceci dans une très grande honnêteté intellectuelle, nous livrant une analyse respectueuse et juste à la fois. Ils sont heureux d’être de la famille de Spirou et ont en même temps le recul suffisant et nécessaire pour ne pas être encombré par le poids de cette histoire familiale.  Nous ne pouvions rêver plus fiables interlocuteurs et plus belle collaboration. Tant sur le plan professionnel qu’amical. Leur confiance et soutien nous touchent infiniment.

l'agenda de Paul Dupuis de 1937. Encore six mois et nous vous montrerons son contenu...

Et leurs archives familiales n’en finissent pas de nous ravir. Rendez-vous compte qu’à 6 semaines de la date limite de nos recherches pour le tome 1, et après 2 ans et demi de fouilles, nous avons eu accès à des documents de tout premier ordre. Jugez vous même : une splendide photographie du prototype de la statuette de Spirou et Spip réalisée par Jijé en 1942, soigneusement rangée dans l’agenda de Paul Dupuis de cette même année. Elle doit y dormir depuis 70 ans, oubliée de tous. C’est idiot mais voir une photo de Spirou, ce n’est pas la même chose qu’une illustration. Attendez et vous comprendrez !

Nous avons également eu accès aux agendas de Paul Dupuis, lesquels nous ont livré moult précisions sur certaines rencontres, organisations, etc, en parallèle de ses listes de courses ou de cadeaux de saint-Nicolas pour ses enfants ! Et parmi ces carnets, celui de 1937 avec, accrochez-vous bien, la liste de tous les noms auxquels il avait pensé pour baptiser ce nouveau journal pour la jeunesse ! Le matin même, Bertrand me disait qu’il aurait été absolument extraordinaire qu’une telle liste ait existé. Mais si tel était le cas, quelles étaient les probabilités pour qu’elle tombe entre nos mains ? Infime : il aurait d’abord fallu qu’elle existe, puis qu’elle ait survécu à 75 années de poubelles, et enfin, qu’elle parvienne jusqu’à nous. Autant dire que nous avons très rapidement exclu cette possibilité. Et deux heures plus tard, en feuilletant ce tout petit agenda, cette liste a surgi du passé. J’ai frisé l’apoplexie, évidemment. Bertrand, lui, a eu l’émotion stoïque… Le plus magnifique, c’est que si nous avions demandé à nos hôtes s’ils avaient connaissance d’un tel document, ils nous auraient répondu par la négative. N’est-ce pas fabuleux ? Tout vient à point à qui sait attendre… Encore six mois et vous découvrirez à votre tour à quels patronymes notre cher espiègle au grand coeur a échappé. Vous verrez, c’est amusant…

Ce vendredi, nous avons été gâté car, accrochez-vous bien, nous avons également pu voir… une représentation filmée du fameux théâtre des Farfadets ! Autant vous dire qu’une telle archive est tout aussi exceptionnelle que les autres. La famille du marionnettiste elle-même n’en connait pas l’existence et il est plus que probable qu’il s’agisse-là d’un document unique. Pour ceux qui n’auraient pas suivi notre enquête depuis le début, sachez que le Théâtre du Farfadet a joué sur scène entre décembre 1942 et 1945 des pièces de théâtre de Spirou, sillonnant toute la Wallonie alors que la publication du journal état interrompue. Sur une idée de Jean Doisy, ce spectacle a pour particularité d’avoir permis la naissance de Fantasio. Et nous, privilégiés que nous sommes, nous avons pu visionner une partie de ce spectacle vieux de 70 ans et éphémère par nature. Brrrr… j’en ai encore des frissons dans le dos ! Pour l’anecdote, son heureux propriétaire avait inscrit sur la bobine :  » aucun intérêt, si ce n’est pour des historiens ». A croire qu’il nous attendait !

Voilà. En plus de ces quelques précieux documents, quelques belles photographies et autres documents d’archives. Nous somme rentrés de ce court séjour un tout petit peu « excités » par ce flot de documents exceptionnels qui nous sont tombés dessus hier. Mais, on ne va pas s’en plaindre, on l’a bien cherché !

Voyez, je n’exagère pas en m’exclamant en ouverture de ce message : « historique ! »

A bientôt,

spirouette

PS : Nous sommes en train de rédiger l’avant dernier chapitre du livre. Au 1er juin, nous aurons terminé. Il nous faudra alors relire tout ce que nous avons écrit afin de faire les ajustements de rigueur. On avance, on avance !

14 mai 2012, Commentaires (1)

so long, Eddy…

Auteur: christelle

Ecrire sur les débuts de Spirou/Dupuis comme nous le faisons, remettre les choses dans l’ordre et leur contexte permet d’y porter un regard vraiment plus juste.  A ce titre, les recherches que nous menons en parallèle sur Valhardi pour la belle intégrale que nous préparons est vraiment précieuse car on sent mieux la place qu’occupaient les uns les autres. Et parmi ceux-ci,… Eddy Paape, bien sûr.

Monsieur Eddy et Laurette étaient absolument émouvant dans leur quotidien, attentionnés l’un pour l’autre dans leurs difficultés face à l’âge, avec leur petit rituel quotidien du déjeuner à La Porteuse d’eau, Porte de Hal. Habitués de ce restaurant en bas de chez eux, ils y étaient accueillis chaque jour chaleureusement par les autres habitués et les restaurateurs. Ils avaient la chance d’être entourés par leur fils, André, et leur ami Danny, qui chaque jour, venaient prendre soin d’eux.

Nous n’oublierons pas les paroles de Laurette, nous remerciant de l’intérêt que nous portions à son mari : « C’est important, pour lui…  » Ce « pour lui » était d’une si belle générosité. Elle était heureuse de voir son homme heureux… et lui, ne tarissait plus de souvenirs et de commentaires particulièrement drôles. On ne l’arrêtait plus !

Et Laurette, de conclure : « C’est difficile d’être dans cet état quand on a été plein de vie, c’est difficile… », ne cessant de répéter cette phrase.

Le décès d’Eddy vient mettre un terme à soixante-dix ans de mariage.

Ils étaient beaux

Monsieur Eddy et Laurette à leur balcon, vus par Theo Polaert.

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Christelle

8 mai 2012, Commentaires (2)

Auteur: christelle

Bonjour les amis,

Il est 6h30, la maison embaume déjà des gerbes du lilas fraîchement volé dans un jardin voisin abandonné et, libérée de mes obligations familiales jusqu’à ce soir, je m’installe déjà à mon minuscule bureau Singer pour poursuivre l’écriture de notre opus magum.

un groom acheté sur ebay, aux allures du Spirou de Jijé, en attendant de pouvoir nous offrir la magnifique statuette parue en 1942...

Celle-ci est prenante, pour ne pas dire obsédante, et il n’est pas rare que nos journées d’écriture se terminent vers 23 heures pour reprendre aux aurores le lendemain. Autant vous dire que notre sommeil est tout autant habité par ces phrases, ou portions de phrases qui se bousculent dans nos têtes, se télescopent, se mélangent pour, parfois, nous éveiller avec une formule qui, le lendemain, nous servira de point de départ pour un paragraphe. Les « Ne pas oublier de dire ceci » et les « Zut, j’ai oublié ça ! » sont légion et le temps passé à rechercher un détail (comme le numéro d’une rue ou le jour exact d’un événement) pourrait vous paraître disproportionné par rapport au gain. Mais nous sommes ainsi faits… Nous avons bien conscience que c’est au prix d’une certaine exigence que nous pourrons vous présenter sans trop rougir notre belle histoire de Spirou. Mais c’est un processus tout à fait normal quand on est plongé dans un projet, qu’il soit d’écriture ou autre. Donc tout va bien !

Hier, nous avons livré à notre éditeur le prologue ainsi que les trois premiers chapitres, c’est-à-dire jusqu’aux années 1941. Une primeur toute particulière en a été offerte vendredi soir à Sergio Honorez, le directeur éditorial chez Dupuis qui, peut-être ne vous l’avais-je pas dit, a accepté notre projet voici deux ans et demi avant même que nous lui en ayons terminé l’exposé, mettant à notre disposition des conditions qui nous ont grandement aidées. Quand je aprle de conditions, n’allez pas imaginer un pont d’or non plus ! La réalité économique est là. Mais il nous a d’abord offert une prise en charge de nos déplacements (et ils sont nombreux),tout le temps dont nous avions besoin pour mener ces recherches, et surtout, l’assurance à la fin de pouvoir tenir entre nos mains le livre tel que nous l’avons rêvé. Depuis, à chacune de nos rencontres, il affichait une réelle gourmandise devant le récit de nos recherches. La lumière dans ses yeux continuaient à nous encourager quand, face à notre ordinateur, nous reprenions le fil de l’enquête. Depuis, José-Louis Bocquet a repris le suivi de notre projet et nous avons la chance qu’il soit tout autant passionné que son comparse. Etonnant comme parfois tout est affaire de rencontre. Il fut un temps, chez Dupuis, où personne n’aurait réagi face à notre demande. Nous sommes finalement tombés au bon moment, au bon endroit.

Ces textes sont livrés mais cela ne signifie pas pour autant qu’ils sont définitifs. A la lumière de l’oeil avisé de nos premiers lecteurs, nous aurons quelques modifications à faire. De nous même, nous aurons sans doute envie de les améliorer à certains endroits qui, avec le recul, nous paraîtront pas assez ceci ou cela…

La semaine prochaine, nous retournons en Belgique où nous sommes attendus par Jacqueline, la fille de Paul Dupuis, qui nous sert de chaperon auprès de son frère Etienne. Nous avions pris contact avec lui voici presque deux ans mais il n’était pas très enthousiaste, nous disant qu’il n’avait rien à nous dire. Nous avions abandonné l’idée, notre envie étant largement assouvie par notre rencontre avec ses frères et soeur et son cousin Pierre Matthews. Mais sa propre fille nous a relancé dernièrement et, sautant sur l’occasion, nous l’avons chargée de le convaincre. Nous avions une amie de plus dans la place, c’était gagné ! Merci Nao !!! Il s’avère qu’il possède également des archives… Sans doute font-elles doublon avec celles que nous avons déjà, peut-être pas. En tout cas, ça vaut le coup d’y aller.

Dans quelques minutes il sera sept heures. Un petit déj’ et hop ! Au boulot ! Je travaille sur le chapitre 5 concernant les années 1944 -1945. Après cela, trois autres chapitres et puis s’en va… Mais ce n’est pas aussi simple. Respecter la chronologie, alterner les parties Spirou et les parties Dupuis, leur donner à chacune une juste part dans le récit, trouver la forme adéquate selon les témoignages que nous avons pu en avoir, les analyser… On s’arrache parfois les cheveux, on se désespère aussi pas mal mais j’ose espérer que nous sommes suffisamment équilibrés pour y trouver notre compte… Et puis, le quotidien et mon plaisir à m’occuper des fleurs de mon jardin sont autant d’injonctions à prendre parfois de la distance avec tout ceci et c’est finalement salvateur. Nos enfants nous rappellent à l’ordre quand nous débordons trop avec un désormais familier : « Vous pouvez arrêter de parler de Spirou s’il vous plait ?! » Oups, on s’était laissé aller…

Aujourd’hui 8 mai, c’est l’armistice; ça tombe bien, je dois clore le chapitre sur la libération.

A bientôt, chers amis.

Spirouette