Archives: juin 2011

29 juin 2011, Commentaires (3)

M. Archives

Auteur: christelle

Comme nous, vous avez peut-être appris le décès de Thierry Martens, notre cher et précieux M. Archives. L’envie de lui rendre hommage via ce blog s’impose.

M. Archives, dans son élément...

Lorsque nous l’avions rencontré pour Spirou, l’automne dernier, je vous avais déjà parlé de la forte impression qu’il nous avait fait. Des gens comme lui, on n’en croisait pas tous les jours, certes non. La carrure, l’allure, le renoncement aux choses de la vie au bénéfice de sa passion pour les livres, lesquels avaient autant envahi son esprit que son espace, son immense culture de la littérature populaire et de bande dessinée, sa vivacité d’esprit, sa curiosité, et puis, aussi, sa façon de dire les choses sans chercher à plaire, direct, « cash », souvent déconcertante ; une franchise qui lui a valu souvent des inimitiés et qu’on rencontre chez les enfants quand ils ne savent pas encore mettre les formes. Sauf que lui, trop intelligent pour ne pas savoir, avait sans doute délibérément choisi de supprimer les ambages et autres ronds de jambe. Je regrette de n’avoir pas eu le temps de le titiller là-dessus, sa réponse aurait été à la hauteur de l’homme. Nous l’avions trouvé attachant, seul dans son antre, avec paradoxalement une ouverture sur le monde et une vie bien organisée autour de ses amis et sa passion. Tous les jours, à 15 heures, il retrouvait au café  deux ou trois fidèles, juste après avoir fait le tour des bouquinistess. Un homme avec ses habitudes, un homme heureux de sa vie.

Sa vie, elle tenait  sur la petite table carré devant laquelle il devait se tenir des heures entières. Une table qui en disait long. Dessus, une pile de livres, une autre de DVD, ses boites de médicaments, sa pipe et son tabac, son verre, les croquettes de son chat et celui-ci pas loin. A côté, sur un tabouret, un grille-pain posé. Une chaise, et c’est tout. Il n’avait assurément pas besoin de davantage pour être heureux. Cet homme apparemment rustre était vraisemblablement un gourmet. Au restaurant, il vous conseillait les meilleurs plats, vous mettant l’eau à la bouche, puis, promptement, passait aux choses sérieuses : nos recherches !

l'univers de Thierry Martens. Photo de Ch. Pissavy-Yvernault

Je me souviens comme il était curieux de voir ce que nous avions trouvé, notre argumentaire, etc. Emile André Robert, par exemple, Doisy encore plus… Nous savions quand nous avions piqué son intérêt car aussitôt, son regard se levait puis revenait tout aussi rapidement à un point que lui seul connaissait. Un point sans doute situé sur notre visage mais pas dans les yeux, ça, il ne pouvait pas. Ce point de non-regard, c’était sans doute son refuge, son astuce pour pouvoir affronter l’autre. Quelles blessures cachaient-il ? Je n’ose imaginer, cela devait friser l’indicible. Malgré les apparences immédiates, ou peut-être justement à cause de ces apparences immédiates, il portait une sensibilité débordante.

J’emporte de lui le souvenir d’un échange sur le pas de sa porte, lors de notre première visite. Arrivés 4 heures plus tôt, nous lui avions offert nos traditionnelles meringues qu’il s’était empressé de poser sur un coin de sa table, nous remerciant poliment puis, passant au vif du sujet sans transition. Et, au moment du départ, une question :

« C’est vous qui les avez faites, les meringues ?

- Oui, c’est moi.

-Ah. C’est bien. »

Pas sûr que ça leur plairait à tous les deux mais je sentais chez lui un point commun avec Delporte : deux hommes blessés qui, malgré tout, se sont fait une place de choix dans le monde. Et quelle place !

Nos recherches lui doivent évidemment beaucoup. Il faisait partie de ceux qui nous ont beaucoup aidé. Nous lui envoyions régulièrement une liste de points contrariants et aussitôt, il nous répondait par courrier une de ses lettres toujours propres, comme le disait très justement un internaute sur ActuaBD. Confronter son savoir au nôtre nous a permis d’avancer. Il était heureux de partager et d’avancer. Nous avons ainsi travaillé en profondeur toute la première période de notre anthology sur Spirou. Il nous manquera pour celle concernant les années 80. Il était au premières loges et son regard toujours vif nous manquera, même si nous avions déjà beaucoup abordé cette époque avec lui. Nous ne pourrons pas entrer dans les derniers petits détails…

Nous lui devons cela, mais bien plus encore. Nous lui devons ce que nous faisons aujourd’hui avec passion, écrire et raconter la bande dessinée. Précurseur dans le genre, ses dossiers étaient toujours passionnants. Un véritable Oncle Paul. Nous nous sentons un peu comme ses enfants. D’ailleurs, comme je le disais dans un autre blog, n’avons-nous pas repris ses recherches autour de Spirou là où il les a laissées dans « Les Mémoires de Spirou » ?

M. Archives, il était vraiment trop fort, et on l’aimait bien.

Il nous manquera.

Il y a un mois, nous avions déjeuner avec lui. Il venait de trouver le matin même deux ouvrages de la collection jaune de chez Dupuis, traduits par Doisy. Au cours de ce repas, il nous avait parlé de Chenneval, qui avait eu une mort comme il voulait la sienne : seul, chez lui, avec son chat, au milieu de ses livres. Et si on le découvrait quelques jours plus tard, le tableau serait parfait.

En ce sens, son voeu a été exaucé;

Spirouette

24 juin 2011, Commentaires (1)

Auteur: christelle

Nos recherches sur Spirou nous amènent à quelques incartades amusantes et variées… Ainsi, la semaine passée, j’ai livré un long article à la prestigieuse Revue des livres pour enfants qui affichera au sommaire de son numéro 260 un dossier consacré à Spirou. Cette revue est éditée par la Bibliothèque Nationale de France et doit être disponible sur commande sur leur site. J’ai pu leur proposer un article sur l’esprit Spirou, analyse purement rédigée sur les bases de nos recherches. J’y ai écrit en synthèse le fruit de nos recherches. Disons que c’est un avant-goût très succinct de ce que nous vous livrerons.

José Dutillieu, surnommé Dom José, directeur du concept...

De son côté, Bertrand, lui a travaillé à la rédaction du dossier de la prochaine intégrale Spirou, celle concernant l’épisode Broca-Cauvin. Ce dossier aurait pu s’appeler « Broca-Cauvin, l’un des plus beaux ratages éditorial !   » et met en scène le conflit Dutillieu-de Kuyssche, respectivement Directeur du concept (lui-même ne savait pas très bien ce que cela voulait dire…) et rédacteur en chef de Spirou. On s’aperçoit que nos rencontres, et c’est là le but, nous permettent d’apporter un point de vue neuf sur certains épisodes clés de Spirou. Là, par exemple, alors que tout le monde s’acharne sur Cauvin et Broca, on met en lumière les conditions éditoriales dans lesquelles ils ont été investis de cette mission. Et finalement, on a plus de compassion pour eux que de rancœur. Ils n’étaient pas à leur place et n’avaient d’ailleurs jamais demandé à y être, telle est la conclusion. La difficulté pour Bertrand dans ce dossier a été de dire ce qu’on savait, sans trop en dévoiler non plus… L’exercice était difficile car, en plus de cela, la chronologie était très compliquée. Finalement, il me semble qu’il s’en est bien sorti car il a malgré tout réussi à apporter un point de vue intéressant. Etant plongés à ce point dans l’histoire de Spirou, on ne pouvait pas se contenter des banalités servies depuis des années et rester dans la facilité.  Là encore, la lecture de ce dossier sera un avant-goût de nos recherches. Le sujet est prévu au tome 3, soit en 2015… Dans les 4 années qui restent à venir, il y a fort à parier que nous aurons approfondi davantage encore le dossier !

Le grand intérêt pour nous, finalement, de ces deux exercices, aura été de poser nos connaissances et le fruit de notre réflexion sur le sujet.Et ça, ce n’est jamais du luxe !

Bon, plus que 10 jours avant notre rencontre avec Yslaire… Voilà que je retrouve mes instincts de midinette…

A très bientôt,

Spirouette !

11 juin 2011, Commentaires (2)

Alec Severin, docteur ès Spirou !

Auteur: christelle

Lors de notre dernier voyage à Bruxelles, nous avons rencontré Alec Severin. Chacun sait son amour pour Spirou et c’est à ce titre que nous avons eu envie de le questionner. Et nous avons été comblés : son témoignage est formidable en son genre. Au final, 21 pages, 3 heures d’une rencontre effrénée pendant laquelle il nous a livré son savoir et sa passion. Il a su nous parler avec toute son érudition artistique du style graphique de Spirou et des nombreuses passerelles stylistiques entre les Etats-unis et la Belgique d’après-guerre. Il nous a rapporté des bribes de conversations qu’il a eues avec Franquin et chacune de ses paroles, il les a retenues avec force. J’imagine combien il était présent à lui-même à ces moments-là. Il se souvient de tout, absolument tout. Même l’expression ou les sourires de Franquin. Son témoignage a en outre beaucoup de charme car il s’exprime au moyen d’images très personnelles. Et puis, lui et moi, nous sommes d’accord : Spirou sans son habit de groom, ça ne veut plus rien dire ! Non, vraiment, Alec Severin est littéralement habité par le personnage, au point même de lui ressembler. Vous ne trouvez pas ? Nous lui avons exposé notre hypothèse à propos du mystère Davine et, bien sûr, il a scruté les planches de Rob-vel à la loupe. Son argumentation a abondé dans notre sens et semble confirmer pour l’heure ce que nous pressentions. Mais patience, nous vous en dirons plus le moment venu… documents et témoignages à l’appui !

Sortis de chez lui, curieusement, on s’est sentis bien plus riches qu’en y entrant. Et bien plus savants ! Grâce à lui, je sais maintenant pourquoi La Mauvaise tête est mon album préféré.

Notre rencontre avec lui a fini de nous convaincre que ces auteurs de la troisième, voire quatrième génération, portaient une analyse très pertinente sur le personnage. On sent que Spirou, ils l’ont aimé, finement observé, convoité… D’autant plus difficile de se passer de ces rencontres que les témoins de première main, eux, apportent une vision plutôt factuelle. Les rencontres s’enchainent et peu à peu, comme cela s’était passé pour notre livre sur Yvan Delporte, le casting des intervenants se construit de lui-même. Dans le même esprit, notre rencontre récente avec Frank Pé – qui prépare lui aussi un Spirou – nous conduit vers… Bernard Yslaire ! Ca peut en surprendre quelques uns mais finalement, c’est assez logique. Il appartient à la génération des Jannin, Frank Pé, Geerts, Yann, qui, au début des années 80, étaient aux premières loges du grand fiasco éditorial de Spirou. Nous sommes curieux de voir ce qu’Yslaire aura à nous dire. Nul doute qu’il va lui aussi faire avancer le propos. Et puis, oserais-je le dire, Yslaire, c’est aussi Hislaire et son fabuleux Bidouille et Violette pour lequel je garde un tendre souvenir… Je crois que je vais être très émue. Nous avons rendez-vous début juillet. Encore 23 jours à attendre… c’est long.

Je saurai être patiente.

A bientôt,

Spirouette !

11 juin 2011, Commentaires (1)

4 (vieux) garçons dans le vent !

Auteur: christelle

Bonjour les ads !

Hier, nous avons reçu un exemplaire de la revue néerlandaise Gaston, n°5, sur laquelle figure en couverture 4 beaux dessins de Spirou exécutés simultanément par Rob-Vel, Franquin, Jijé et Fournier, lors de leur rencontre en 77.

Ces dessins sont hélas en format réduit et en trop mauvaise définition pour que nous puissions en tirer de belles reproductions pour notre ouvrage. En revanche, ils ont été publiés en version poster, numérotés et signés, et c’est ceux-là que nous recherchons pour en avoir une copie numérique.

Avez-vous cela dans vos archives ? Un scan en bonne définition nous suffit.

On attend de vos nouvelles !

A bientôt,

Spirouette