… je reprends cette phrase à mon compte aujourd’hui. Ces dernières semaines, j’ai un peu délaissé ce blog, préférant garder mon temps disponible au profit de l’avancée de l’ouvrage. Je ne dispose pas toujours du temps que je voudrais y consacrer, la vie est ainsi faite !

55 ans après sa mort, Gibrat rend un bel hommage à Doisy dans ce dessin qui intégrera sans doute le art-book que Dupuis lui consacrera en fin d'année. Avez-vous reconnu tous les personnages ? Parmi eux, il y a même Spirouette, comme Gibrat me surnomme...
Depuis ces dernières semaines, nous avons pourtant pas mal oeuvré.
J’ai, par exemple, entamé la lecture de toutes les rubriques du Fureteur, de 1938 à 1950. J’en suis à 1941… L’air de rien, j’y glane quelques renseignements très intéressants, voire précieux… et puis, lire les écrits de Jean Doisy, vous vous en doutez, c’est pour moi un véritable plaisir, quand bien même c’est écrit dans un style purement télégraphique comme c’est le cas parfois. Mais bon, il est tellement fort… (Soupir…)
A ce propos, j’ai contacté le service des archives du Parti Communiste afin d’obtenir des renseignements. Peut-être que par eux nous réussirons à entrer en contact avec la famille de Marguerite Mertens qui fut dans sa jeunesse très proche de Doisy. Aussi active en politique que lui, sinon plus, elle est décédée en 1997. Elle était conseillère communale à Ixelles. Sait-on jamais, peut-être avait-elle conservé certains documents ?
Dans le même esprit, nous cherchons à joindre Alain Massin, ou à défaut sa famille. Il fut un des photographes attitré des éditions Dupuis pendant la grande période. Ses archives doivent déborder de photographies fort intéressantes… Si là encore, vous pouvez nous filer un coup de main, ce serait bien. Les deux Alain Massin qui figurent dans l’annuaire téléphonique ne sont pas celui que nous recherchons, on a vérifié.
Nous avons récupéré les fameux enregistrements des entretiens de Delporte et Roba qu’on nous avais remis voilà quelques semaines. Nous les avions à notre tour confiés à un ami pour qu’ils convertissent les K7 en numérique. L’entretien d’Yvan Delporte est fort intéressant même si à plusieurs reprises on s’aperçoit que son témoignage n’est pas forcément fiable. Il fait parfois, encore et toujours, son show, ne répondant pas aux questions et allant là où bon lui semble… A long terme, c’est vraiment très ennuyeux car maintenant qu’il est mort, on ne peut plus le « recadrer ». C’est très agaçant ! Quant à l’enregistrement de Roba, la qualité du son est abominable et nous l’avons confié à un autre ami pour qu’il travaille le souffle qui rend l’écoute inaudible. L’entretien parait là, pour le coup, assez fouillé et nous avons hâte de pouvoir y accéder.
Nos recherches à propos de Luc Lafnet ont également avancé. Nous sommes allés à Liège rencontrer ses nièces et petites nièces. Hélas, elles nous ont appris que les courriers ont tous disparus, liquidés par leur détentrice (la seconde épouse du second mari de la première femme du peintre, vous me suivez ?). Avec ces courriers, il semble que les preuves de la nature exacte de sa collaboration à Spirou aient disparu par la même occasion. Nous avons donc en main une thèse pour laquelle nous ne pourrons pas avancer la moindre preuve. Un témoignage direct par la propre nièce du peintre, des expertises, des présomptions, des analyses, des pages absolument troublantes… tout ça, nous les avons, mais pas de preuve indiscutable du genre : « Moi, soussigné, déclare … » Avec plusieurs autres personnes, on tourne et retourne nos informations dans tous les sens, on réfléchit, on compare, on tente d’échafauder de nouvelles théories mais à chaque fois, on revient à la même hypothèse qui finalement tient assez bien la route…
Nous nous trouvons donc face à une situation difficile : rester dans le discours scientifique pur et n’avancer que ce dont nous sommes absolument certains, ou bien afficher l’état de nos recherches en espérant que dans quelques années, lorsque la machine à remonter le temps aura enfin été inventée, quelqu’un pourra les reprendre là où nous les avons laissées. A ce propos, hier soir était diffusé à la TV un formidable reportage sur une équipe dont la mission était de prouver si une tête momifiée par un brocanteur depuis 40 ans était bien celle d’Henri IV comme il l’affirmait. A notre niveau, il était fort intéressant de voir comment ils ont procédé pour arriver à leur fin. La méthodologie était très similaire mais les moyens forts différents. D’abord parce qu’ils disposaient de chroniques rédigées en temps réel et compte-tenu de leur caractère historique, consignées dans des archives, donc répertoriées, classées, etc., mais aussi parce qu’ils ont pu avoir recours à la science. Dans notre cas, personne ne s’est véritablement soucié de la postérité et bon nombre de documents importants sont tout simplement partis à la poubelle. Mais avec nos petits moyens finalement très artisanaux, on avance…
Nous avons rencontré André Beckers lors de notre dernier voyage à Bruxelles. Un des tout premiers collaborateurs de Troisfontaines à la World Press, il a connu Greg quand celui-ci s’appelait encore Michel Régnier, etc. Son témoignage était vraiment très édifiant et malheureusement, nous avons du prendre congé avant qu’il ait pu finir de nous raconter ce qu’il sait. Nous devons donc le revoir. Il est vrai que nos rdv se sont enchaînés à vitesse grand V pendant ces deux jours : 7 rencontres en tout, on n’a jamais fait mieux !
Pour l’heure, nous avons recueilli le témoignage de près d’une cinquantaine de témoins. Et nous sommes loin du compte final ! Cet après-midi, je suis entrée en contact avec l’association des Joyeux Spirou (ça ne s’invente pas !) qui rassemble des anciens de l’imprimerie. Il semblerait que deux ou trois d’entre eux puissent satisfaire notre attente. Hélas, à quelques mois près, nous avons loupé un monsieur entré chez Dupuis avant guerre ! Incroyable, n’est-ce pas ? Hélas, il est décédé l’an dernier… Là, il est fort probable que nous rencontrions leur doyen entré dans la maison après guerre. Avec ce genre de personne, on peut véritablement enrichir notre propos à la fois d’un point de vue technique (les moyens utilisés pour l’impression des bandes) mais aussi sur le fonctionnement de l’entreprise et l’état d’esprit de ses dirigeants. Oui, bien sûr, on en connait les grandes lignes mais nous, on aimerait en savoir plus, entrer davantage dans le récit de cette époque très lointaine pour lui redonner corps. Cette mise en perspective ne peut être qu’enrichissante.
Nous devons également rencontrer le fils de René Matthews. Et puis, petit à petit, on aborde les années Fournier, Broca, Tome & Janry, Chaland… Lors de notre visite à liège nous avons par exemple rencontré Batem et Colman. On passe d’une époque à l’autre au hasard de nos rencontres, on fait le grand écart…
Et puis, les idées et les envies mettant parfois un peu de temps à apparaître, on s’est dit que ce ne serait pas du luxe de se pencher sur la véritable origine du style de Marcinelle ; et tout d’abord de le définir. La réponse parait évidente et pourtant, quand on pose la question, on s’aperçoit qu’il y a autant de réponse que d’interlocuteurs !
Voilà où nous en sommes. Comme vous le voyez, on prend notre mission très au sérieux !
A très bientôt,
Spirouette !