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27 sept 2010, Commentaires (2)

La prière de Spirou

Auteur: christelle

Nous sommes rentrés hier soir de notre voyage à Bruxelles, épuisés. Deux rendez-vous seulement, mais pas n’importe lesquels…

Samedi, à 14h30, nous sonnions à la porte de M. Archives, alias Thierry Martens, rédacteur en chef de Spirou post-Delporte. Nous avons été largement impressionnés par son érudition et, disons-le, sa personnalité. Nous avons abordé l’entretien avec, pour mission, de combler les manques dans notre histoire, mais surtout, de vérifier ses sources. Et là, M. Archives nous a sorti le grand jeu, argumentant ses propos par des références très précises…

les tables autour desquelles nous discutons en disent toujours long...

Cet homme a une mémoire phénoménale. En fait, tout ce qu’il sait, il l’a acquit en mettant en perspective le contenu du journal avec les événements. Par exemple, à la question : « Sauriez-vous nous dire pourquoi Jijé a vendu Fantasio à Dupuis ? » Réponse :  » C’était en quelle année ? 1948 ? Oh mais c’est simple : c’est l’année où il est parti au mexique ; il avait donc besoin d’argent, tout simplement. » Elémentaire, mon cher Watson !

Il a également interrogé Jijé et bien d’autres. Les Dupuis ? Non, pas très bavards. Au final, son savoir est précieux. Nous tirons quand même une petite vanité à l’avoir collé deux fois. La première fois, à propos du mystère Davine-Lafnet, puis la seconde à propos de Doisy. Là, sorry, on commence à en savoir pas mal…

Cet entretien a duré 3h45. 3h45 d’enregistrement d’une conversation non-stop, passionnante. Nous avons confronté notre savoir au sien et, de fait, notre récit a fait un grand pas. Après être sortis de chez lui, une seule solution : aller nettoyer notre esprit au cinéma ! Très efficace quand votre tête fourmille de tout ce que vous venez d’entendre. « Tamara Drewe » était parfaite.

Le lendemain, à 9 heures, Ding ! Dong ! chez Mme Moons. L’épouse d’André Moons, le marionnettiste créateur de Fantasio en 1942, et son fils nous y attendaient avec quelques belles surprises. A ce niveau-là, ce ne sont même plus des surprises, ce sont des trésors. Vraiment.  Il y a quelques mois, quand nous avons entrepris de retrouver les marionnettes, cela nous semblait quasi-secondaire, anecdotique, etc. Donc, hier, nous nous faisions vraiment plaisir en rencontrant la famille du « Magicien du Farfadet ».

André Moons, vers 1942. Un gamin d'à peine 20 ans...

Sauf que là, ils nous ont bluffés à la fois par leur gentillesse et l’effort qu’ils avaient fait pour rassembler toutes leurs archives, classées exprès pour nous, mais aussi par la qualité des documents qu’ils nous ont montrés. Grâce à eux, nous avons découvert l’absolue importance qu’a eu Spirou auprès de centaines, voire de milliers de personnes en Belgique, pendant la guerre. Et comment avons-nous découvert cela ? Juste parce que la famille d’André Moons avait conservé des articles de presse dans lesquels Doisy himself raconte l’aventure du théâtre de Farfadet ! Nous avons également eu accès aux bulletins de cette troupe dans laquelle ils ont été nombreux à signer des articles fort édifiants pour nos recherches. Et puis, et puis… nous avons retrouvé tous les textes des pièces de théâtre des marionnettes dans lesquelles Spirou, Spip, Fantasio, Tif et Tondu sont apparus, ainsi que le texte manuscrit de Jean Doisy où Fantasio se présente aux spectateurs. Première apparition de ce personnage devenu mythique écrite par la main de son créateur… il ne manque qu’une chose : la date.

Outre ceci, nous avons également trouvé des textes fort émouvant, signés Doisy, comme cette « Prière de Spirou », datée de 25 décembre 1942 :

« (…) Que devant l’humble crèche, symbole de paix, nos pensées rejoignent ceux qui sont morts pour la patrie et ceux qui souffrent de la guerre,

(…) Pitié pour ceux qui souffrent ;

pitié pour ceux qui pleurent ;

pitié pour ceux qui ont faim et froid.

Que Noël apporte à tous l’espérance.

C’est la prière de Spirou. »

C’est ainsi que se terminait l’ouverture du spectacle de marionnette ce jour-là… Comme Doisy, Spirou était résistant, comme Doisy, Spirou a apporté du rêve à tous les enfants de cette époque… la lecture de ces documents le démontre avec force et ça, jamais nous n’aurions imaginé que notre recherche des marionnettes nous mènerait à cette découverte.

Cela pourrait presque atténuer l’instant où le fils d’André Moons est apparu tenant entre ses mains, les bâtons de bois auxquels étaient accrochés des fils, auxquels, au bout, tenait Spirou. Voilà. Cette marionnette, la famille l’avait offerte à des amis. Pour notre visite, ils la leur ont empruntée ; sauf qu’entre-temps, ces amis leur ont dit de la garder. Spirou rentre chez lui, en quelques sortes. Nous lui avons été présentés. Sa marionnette est d’une grande beauté,  ressemblant au portrait peint par Jijé pour l’enseigne du journal pour lequel il avait pris son fils Benoit pour modèle. Elle est encore en très bon état. Non, n’insistez pas : on vous la montrera un peu plus tard… Soyez patients… Maintenant, nous recherchons activement la marionnette de Fantasio. Peut-être dans un musée, près de Lille. Nous sommes sur une nouvelle piste. Les deux marionnettes réunies, nous pourrons peut-être reconstituer le spectacle du farfadet puisque nous avons les textes… Ce serait rigolo, non ?

Nous avons découvert chez ces gens d’autres choses encore dont nous ne vous parlerons pas. Encore plus incroyable que tout ce que je viens de vous décrire… Promis, on vous montrera cela en gros, en très gros, dans les pages de notre livre. Il faut bien que nous vous gardions encore quelques surprises, non ?

Pour l’heure, j’ai eu besoin de cette journée de lundi pour me remettre de mes émotions. J’ai le coeur fragile… D’autant que notre prochain rendez-vous sera lui aussi très impressionnant. Qui ? Oh… ses initiales : A. U. … Promis, on vous racontera.

A très bientôt,

ch.

La fin de semaine dernière a été particulièrement riche en surprises.

Nous avons retrouvé  la famille de Xavier Snoeck, auteur chez Dupuis et copain de Doisy, ainsi que la famille de André Moons, le marionnettiste. Enfin, quand je dis nous… j’ai quand même l’impression qu’ils nous sont tombés du ciel…

Pour le premier, il a juste fallu qu’un internaute nous communique l’existence d’une interview de Xavier Snoeck. Or, sur cet article était mentionné le prénom de sa fille. Quelques secondes plus tard, Bertrand tapait son nom sur le miraculeux site des pages blanches… et quelques secondes encore plus tard, nous avions cette dame au téléphone ! A quoi ça tient ! Nous espérons qu’elle pourra nous aider au moyen de documents que sa famille aura conservé…

Pour le second, la famille d’André Moons, nous avons directement reçu un mail de sa nièce, qui, par je ne sais quel biais, avait connaissance de notre adresse mail Spirou anthology (spirou.anthology@dupuis.com). Dans son message, en toute candeur, elle nous demandait pourquoi nous n’entrions pas en contact avec l’épouse d’André Moons… Mais nous ne savions même pas si cette femme était encore en vie, encore moins où elle habitait, et aucune piste pour trouver une info qui nous aurait menés à elle ! Du coup, nous avons convenu avec cette nièce qu’elle nous mette en contact avec sa tante.

Celle-ci nous a rappelés depuis. Nous allons la rencontrer lors de notre prochain passage en Belgique, dans 10 jours. Malgré le temps passé, elle se souvient de beaucoup de choses. Elle était donc l’épouse d’André Moons qui, peut-être cela vous a-t-il échappé, est le premier créateur graphique de Fantasio ! Ce personnage a été créé par Doisy en 1942 pour les représentations du spectacle de Marionnettes du farfadet qui ont eu lieu la même année.  Ce n’est que plus tard que Jijé l’a reprit à son compte… Nous allons donc rencontrer madame Moons pour l’écouter nous dire ce qu’elle sait de cet épisode du Farfadet. Pour ce qui est de retrouver les marionnettes elles-mêmes, elle a des pistes…

Et puis, hier soir, nouvelle surprise : son fils nous a envoyé plusieurs photos d’affiches de ces fameuses représentations théâtrales, affiches qui n’ont pas été touchées depuis 60 ans… Je n’ai pas résisté au plaisir de vous en mettre une en intro dans ce texte. Extraordinaire, non ? Ce monsieur en possède une vingtaine différentes…Elles ne sont pas toutes aussi joliment illustrées mais elles contiennent des informations sur la teneur de ces pièces dans lesquelles Doisy a joué un rôle (!) méconnu. Pour sûr, si nous parvenons à en faire bonne copie (ceci n’est qu’une photo), nous les reproduirons dans notre ouvrage. Nous allons donc rencontrer l’épouse et le fils d’André Moons dimanche prochain. Il dit faire son possible pour nous apporter la marionnette Spirou. Bigre : nous allons être présentés à Spirou… ça fait un drôle d’effet !

Dernièrement, je vous parlais de la bienveillance étonnante avec laquelle les témoins nous accueillent et nous aide dans nos recherches. La famille d’André Moons nous le montre une fois encore. C’est tellement encourageant pour nous… Une seule personne jusque-là nous a envoyés balader : l’épouse du second mari de la femme de Luc Lafnet (!) ; mais ceci est une autre histoire…

Pour nous, ces deux trouvailles sont importantes car elles nous permettent une véritable avancée à al fois sur le dossier Farfadet, mais aussi sur le dossier Doisy. Compte tenu du temps passé depuis sa mort, (55 ans en octobre prochain !)  il n’y a plus guère de personnes qui l’ont côtoyé et qui peuvent nous en parler directement.   Dernièrement, toutefois, je me suis aperçu que Jacqueline, la fille de Paul Dupuis,  avait 19 ans lorsqu’il est mort. A cet âge là, on a des souvenirs bien nets. Mais en fait, quand nous l’avons rencontrée en juin dernier, nous ne savions tellement rien sur lui que nos questions manquaient de pertinence. Nous allons la revoir en octobre et là, nous tâcherons d’être plus efficaces. Nous voulons en savoir davantage sur sa place chez Dupuis, les relations qu’il entretenait avec les uns et les autres, et surtout, les causes de son départ. Sur ce point-là, d’un texte à l’autre, les versions diffèrent et ça, ça n’est pas satisfaisant.

Voilà, de belles nouvelles rencontres en perspectives.

Nous en sommes tout joyeux !

A très bientôt,

Ch.