Hier, nous sommes revenus de trois jours à Bruxelles, particulièrement riches en contacts. Nous avions rdv avec René Follet pour visiter avec lui l’expo consacrée aux peintures de Gillain et il nous attendait là-bas avec Philippe Capart, co-auteur du très intéressant bouquin sur Morris, Franquin, Peyo et le dessin animé. Il vient de sortir la première intégrale Jerry Spring chez Dupuis pour laquelle il a rédigé un excellent dossier introductif. Du coup, nous avons échangé nos savoirs et nos approches l’après-midi durant. Exercice fort intéressant dans la mesure où il est toujours bon de coltiner nos idées à celles des autres. D’autant plus qu’il a une façon très personnelle de mettre les évènements en perspective ou de les analyser.
Le lendemain, nous avions rdv dès 9 heures chez Nine Peyo. Au contraire de Claude Maltaite, l’épouse de Will, elle se tenait toujours à l’écart des affaires mais son témoignage nous permet d’apporter quelques précisions sur différents points. Et puis, sa compagnie est si agréable… Ses lasagnes dévorées, nous avons filé dans l’immeuble Tintin où nous attendait Sergio Honorez, notre éditeur,Eric Loze, directeur de la Sonuma (la société chargée des archives de la RTB) et Lilian Cornelis, réalisateur à la RTB. Nous étions donc dans l’immeuble mythique, côté intérieur de la façade… Expérience très troublante… Bref : notre éditeur veut que nos recherches soient également déclinées en documentaire TV mais aussi en webdoc. Vous connaissez ? Il s’agit de documentaire qui permet des digressions à l’infini sur un sujet. Pour exemple, allez sur le site artewebdoc visionner celui sur Prisonville. C’est une formule qui nous intéresse particulièrement car elle nous offre la possibilité d’explorer en profondeur certains sujets sans perdre le fil de notre histoire ni être hors-sujet. Par exemple, Jean Doisy : combien de pages peut-on lui consacrer dans notre livre sans être hors-sujet ? deux ? douze ? Là, pas de frustration : ce que nous n’aurons pas gardé pour le livre sera disponible sur le webdoc ! Génial, non ? Reste à trouver le financement et à s’organiser de façon à ce que la réalisation ne nuise pas à notre vitesse d’exécution ni à notre organisation des rencontres. Une caméra, ça impressionne toujours et la présence d’un caméraman compromet le climat détendu que nous tentons de mettre en place à chaque rencontre. Il va nous falloir trouver la bonne formule. Le projet prend une ampleur importante, terriblement excitante… et les échos qui nous reviennent nous donne de l’énergie pour aller plus loin.
La fin de notre journée de lundi s’est terminée avec la famille de Doisy. Sa belle-fille n’était pas du tout satisfaite de son témoignage et tient à ce qu’il soit le plus exacte possible. Ne sachant trop comment s’y prendre, nous lui avons proposé de le retravailler ensemble. C’est donc ce que nous avons commencé à faire. Et là, quelle surprise : son témoignage est encore plus riche que lors de notre précédente rencontre. Alors qu’avant, elle croyait n’avoir rien à dire, là, ses souvenirs reviennent avec beaucoup de précision. C’est comme si on avait dérouillé la machine et que celle-ci ne pouvait plus s’arrêter ! A partir de ses anecdotes, on parvient à cerner le caractère de cet homme qui me fascine toujours autant. Hélas, ce que sa belle-fille nous raconte sur lui n’est pas toujours à son avantage… Drôle de caractère pour cet homme héroïque ! Je suis repartie de cette amicale soirée chez les Doisy avec un exemplaire d’un de ses ouvrages préférés illustré par Poulbot : Messieurs les ronds-de-cuir, écrit par Courteline. Il en lisait régulièrement des passages à voix haute à sa famille.
Je me retrouve avec son livre dans les mains : je crois y déceler une odeur de tabac … c’est une expérience terrible !
Le lendemain, à Charleroi, j’ai acheté dans une librairie un exemplaire d’un de ses ouvrages, » Sourcier ou sorcier », qui était le seul, à ses yeux, dont il était fier. J’ai commencé sa lecture et je me régale. L’écriture est particulièrement bien troussée et montre combien il était à l’aise avec la langue française. Il parvient à rendre le sujet passionnant, alors même qu’il est très spécialisé. Cette lecture est particulièrement édifiante puisqu’il parle à la première personne et nous entrouvre les portes de son esprit… Si vous voulez en savoir plus sur lui, achetez donc cet ouvrage, très facile à dénicher. Il suffit de taper « Jean Doisy sourcier sorciers » sur Google et vous tombez directement sur les sites de plusieurs libraires qui le proposent à la vente.
Hier, nous avons également rencontré Léonardo, coloriste historique des éditions Dupuis et de Spirou, entré dans la maison en 1958. Il nous a expliqué l’histoire des mises en couleurs. Pour l’anecdote, je lui ai demandé quelle était la combinaison de couleurs pour le rouge de l’habit de Spirou. L’idée de réduire Spirou à une formule est amusante.
Notre dernier rdv hier était avec Philippe Gillain. Quelques heures d’une conversation tous azimuts où, tout à coup, une anecdote, une précision lui revenait en mémoire… Grace à lui, nous avons peut-être une piste pour retrouver des écrits de sa mère datés de la fin des années 40 dans lesquels elle parle de Franquin, Morris… Un témoignage direct, quelle aubaine !
Une trouvaille comme on les aime !


