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7 juil 2010, Commentaires (1)

Quelques heures avec Jean Doisy

Auteur: christelle

Lundi était un grand jour : nous avons passé la journée avec Jean Doisy.

Nous avons abandonné très tôt le matin nos jeunes enfants très fiévreux aux bons soins de leurs tantes et hop ! direction Bruxelles ! Rien n’aurait empêché les parents indignes que nous sommes d’arriver à ce rendez-vous avec le passé . Enfin, quand je dis que nous avons passé la journée avec Jean Doisy, ce n’est hélas qu’une formule puisqu’il est décédé en 1955. Cette journée, nous l’avons passée avec sa famille à les écouter nous parler de lui et à regarder leurs albums photos. Ils nous ont accueillis avec beaucoup de gentillesse, presque surpris que nous soyons si intéressés par leur grand-père et beau-père.  Comme à mon habitude, je leur avais apporté ma spécialité : des meringues. Rien de tel pour détendre l’atmosphère.

Alors que jusque-là, personne ne connaissait rien de lui (seules quelques très très rares personnes l’ont connu et s’en souviennent), aujourd’hui, j’ai le sentiment qu’il est très proche de nous. Notre démarche nous fait entrer de plein fouet dans l’intimité des gens et cela a quelque chose de si curieux qu’on ne peut s’empêcher d’y mêler l’affectif. A la fois avec ceux qui nous livrent leurs proches, mais aussi avec ces proches eux-mêmes, quand bien même ils seraient mort depuis des décennies ! Dans le cas présent, cela créé un sentiment très étrange ; je suis comme fascinée par cet homme qui m’est à la fois très lointain et pourtant si familier. Comme s’il était encore en vie. Il a une telle présence sur les photos que nous avons vues qu’on a du mal à imaginer qu’il est né en 1899 ! Et pourtant, sur ses photos de jeunesse, le décalage est monstrueux : il était jeune dans les années 20 ! Dire que je suis tombée sous le charme de cet homme est un euphémisme. Il était si beau, et son sourire était si… Et puis, les quelques anecdotes entendues me font dire qu’il devait être un homme extraordinaire, une personnalité très attachante avec un humour très singulier. Combien je regrette de ne pouvoir jamais le rencontrer ; je suis persuadée que j’aurais adoré sa compagnie.

Hélas pour notre ouvrage, sa famille ne sait quasiment rien de lui sur le plan professionnel et n’a conservé quasiment aucun de ses écrits, courriers, etc. C’était un homme qui travaillait intensément, écrivait tout le temps et partout, mais qui ne parlait pas de son travail. Tout ce que nous savons, nous vous le dirons mais cela sera très frustrant pour les historiens purs. En revanche, pour les amateurs d’histoires de vie, cela sera très chouette. Nous sommes allés en pèlerinage dans la maison qu’il a habitée pendant 20 ans. Intrigués par notre présence devant leur maison, les actuels propriétaires ont ouvert la porte… et nous ont réservé un accueil des plus chaleureux. Encore plus chaleureux quand nous leur avons appris que dans leur murs sont nés Fantasio et Valhardi ! La belle-fille de Jean Doisy se souvenait exactement des lieux et a su nous indiquer l’organisation de son bureau… C’était également un moment très intense : se trouver dans la pièce exacte où il travaillait… Les souvenirs entendus prenaient corps ; un court instant, le passé et le présent était mêlés. Je n’ai pu m’empêcher de poser ma main sur la poignée de la fenêtre, celle qu’il a du ouvrir bien des fois… Le jeune couple nous a montré leur acte de vente sur lequel figure les noms des anciens propriétaires  des lieux : de 1929 à 1949, « Jean Georges Léopold Evrard, dit Jean Doisy, homme de lettres »…

Voilà. Nous avons cherché sa famille durant des mois afin de combler les vides laissés par les historiens avant nous et c’est nous, aujourd’hui, qui sommes comblés ! Une cinquantaine de photos, des anecdotes, des souvenirs… on en a plein notre disque dur. On vous les garde au chaud, c’est promis.

La maison de Jean Doisy où furent créés Fantasio et Valhardi. Le bureau était derrière les fenêtres du rez-de-chaussée

Pour l’heure, nous sommes en vacances. Enfin, presque puisque si nous sommes en vacances de nos emplois respectifs (écrire ces livres ne nourrit pas son homme, et encore moins une famille entière !), comment pourrions-nous cesser l’écriture de cette vie de Spirou ?! Le plus difficile sera de ménager des plages de travail à horaires réguliers puisque, comme beaucoup, nous avons charge de famille. Nous allons donc nous relayer… le temps passe trop vite et sans même nous en rendre compte, un jour, il nous faudra rendre notre texte pour que le livre paraisse dans les temps. Nous y sommes attelés depuis le 13 novembre dernier, très précisément, et même si nous avons encore deux ans pile devant nous, ce n’est pas beaucoup.

Alors trêve de bavardage, au boulot !

A bientôt,

ch.